Le 1er juillet 2026
- Scénariste : Guillaume Singelin>
- Dessinateur : Mathieu Bablet
- Collection : Label 619
- Genre : Aventure, Ecologie, Science-fiction, Société
- Editeur : Rue de Sèvres
- Famille : Manga
- Date de sortie : 3 juin 2026
Les (anti-)héros imaginés par le duo emblématique du Label 619 sont de retour dans leurs costumes de sentai, alors que la menace kaiju semble prendre une toute autre forme...
Résumé : Cinq ans après les événements du premier tome, les Nikki, Warren, Sofia, Héloïse et Satoshi vivent toujours dans leur drôle de colocation. Tous ont conservé leur costume sentai. Mais les dissensions entre les membres du groupe se sont accentuées. Warren est devenu une véritable célébrité après son initiative qui a permis d’arrêter le vieillard devenu un géant, ce qui suscite la jalousie de Satoshi, qui persiste à croire que la menace des kaijus est encore bien réelle. Il cherche à convaincre Camille, la directrice de Sentaï Corp., avec qui il a des relations privilégiées. Dans le même temps, Héloïse poursuit son activité en ligne et se joue de Warren, qui n’a d’yeux que pour elle. Nikki, elle va de plus en plus mal, et seule Sofia, qui jongle entre son activité professionnelle et celle de jeune mère, semble la seule à s’en apercevoir…
Critique : Par son propos percutant, Shin Zero s’impose comme une œuvre éminemment moderne. Ce deuxième volume approfondit en effet les sujets abordés dans le premier volume : l’entrée difficile à l’âge adulte et les désillusions provoquées par l’entrée sur le marché du travail pour la jeunesse, l’uberisation de la société et l’isolement qu’il provoque, les rapports de genre ou encore la dégradation de l’environnement et la tension entre réponses individuelles et collective. La série conserve ses références à la culture japonaise qui a tant inspiré le duo Bablet-Singelin.
S’il surprend au départ, le choix de retrouver les personnages cinq ans après le premier volume s’avère en définitive percutant, car il permet de placer les cinq colocataires face à de nouveaux problèmes. Warren a pris des responsabilité au sein de la Sentaï Corporation, dont il est une sorte de mascotte, ce qui ne le rend pas heureux pour autant. Le personnage suscite des sentiments ambigus chez le lecteur, qui oscille entre le rejet – à certains moments, il incarne une certaine tendance masculiniste – et la pitié. Celui-ci nous a semblé bien écrit, tout comme Satoshi, qui noue un relation intime avec Camille, mais peine à devenir le héros qu’il rêve d’être. Héloïse oscille également entre l’objectivation de son corps, lié à son activité derrière la webcam, et une volonté d’émancipation. Le personnage de Nikki possède aussi son arc narratif, avec un rapport au costume éminemment ambigu, car utilisé hors de tout cadre « légal », pour défendre les femmes victimes d’agression… autrement dit, ce qu’on attendrait d’un véritable héros, sauf que Sentai Corporation est une entreprise de services. La réalité est bien cruelle.

- © Mathieu Bablet, Guillaume Singelin / Rue de Sèvres
Porté par un dessin toujours aussi soigné, riche en détails et référencé, le récit conserve toute la dynamique du premier volume. L’intrigue reste centrée sur les destins enchâssés de ces cinq personnages, autour desquels gravite quelques autres. On sent néanmoins que les relations se délitent alors que la menace, elle, a pris une forme bien plus subtile que celle d’énormes monstres. La population n’est plus menacée directement par les kaijus, mais par… la dégradation environnementale qu’ils ont produit. Ce basculement constitue l’une des bonnes trouvailles de ce deuxième tome que l’on a lu avec autant de plaisir que le premier.
216 pages – 13,90 €
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