Le 2 juillet 2026
- Dessinateur : Damien Cuvillier
- Genre : Document, Historique, Société, Enquête
- Editeur : Casterman, La Revue Dessinée
- Famille : Roman graphique
- Date de sortie : 10 juin 2026
Huit enquêtes sur les blessures des territoires colonisés par la France.
Résumé : Dans cette compilation choc, huit enquêtes sur autant de territoires ont été détaillées et dessinées par {La Revue dessinée}, dans un travail à la fois historique et journalistique pour faire avancer la mémoire et le pardon.
Critique : La mémoire d’un peuple est malléable, difficile à expliquer, facile à orienter, et le travail des historiens, des sociologues, des philosophes et des journalistes consiste bien souvent à voir au-delà de cette nébuleuse vague, souvent bouffie de déni et de traumatismes, pour en extraire la vérité, morceau par morceau, fragment par fragment. Ce sont huit fragments de vérité qui nous parviennent aujourd’hui grâce à La Revue dessinée. Ces récits ont su transcrire d’une manière aussi concise qu’efficace des travaux de chercheurs et d’enquêteurs qui s’inscrivent sur des années, voire des décennies. Les journalistes comme Florence Beaugé, Thomas Statius ou Hélène Ferrarini ont ainsi interviewé, compilé et croisé des témoignages, des thèses et des compte-rendus qui attestent de crimes soigneusement mis de côté, volontairement dissimulés ou encore considérés comme des menaces pour l’État français. Si le "Non-dit du viol" est probablement l’enquête la plus horrible, la plus écœurante et la plus actuelle car traitant d’une guerre d’Algérie (et plus largement des méthodes de toutes les armées du monde) qui n’est pas si éloignée que cela, le cas de "La mort en prime" est particulièrement intéressant, en cela qu’il oppose, de façon objective, deux conceptions d’un même évènement, celui du massacre de Thiaroye en 1944. L’historien issu de l’armée semble évidemment aboutir à une minimisation de l’impact, de la volonté et des victimes, tandis qu’une autre indépendante se montre vindicative contre cette même armée. Et c’est là toute la difficulté : il est très difficile de trancher sur des sujets aussi pointilleux et précis de l’Histoire, surtout quand les preuves sont aussi bien dissimulées. Toutefois, le lecteur avisé ne manquera pas de se faire sa propre idée...
© Casterman / La Revue Dessinée / Collectif
Graphiquement diversifié, cet ouvrage collectif s’appuie sur huit styles différents pour appuyer chaque propos. De Aude Massot à Damien Cuvillier en passant par Aurel, les différences sont profonds et chaque style se plue à une enquête, se voulant tantôt explicatif et vulgarisateur, tantôt sensible et intense. À chaque fois, en une vingtaine de pages, le lecteur est agrippé par des décors, des reconstitutions d’époques et de lieux qui ont depuis tant changé, que ce soit un village de la Creuse ou la Guyane profonde, mais dans chaque histoire, dans chaque violation faite par l’Etat français, ce que l’on retient, ce sont les visages. Femmes algériennes violées, enfants arrachés à leurs foyers et maltraités par des prêtres, enfants de tirailleurs injustement massacrés... Des visages qui ne méritaient jamais toute la violence qu’ils ont reçue, des humains qui ont été sacrifiés au nom d’intérêts plus larges, nationaux, sous couvert de racisme et d’avantages économiques coloniaux.
© Casterman / La Revue Dessinée / Collectif
Bande dessinée qui sublime des enquêtes justes et nécessaires, ce nouveau numéro de La Revue dessinée rappelle toute la force, au sens négatif du terme, que la France a su déployer au-delà de sa métropole.
256 pages – 26,50 €
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Galerie photos
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