Le 17 août 2026
- Scénariste : Éric Corbeyran>
- Dessinateur : Michel Colline
- Collection : 1000 Feuilles
- Genre : Historique
- Editeur : Glénat
- Famille : Roman graphique
- Date de sortie : 19 août 2026
Une fiction historique autour d’un tableau singulier de la fin du XVIe siècle.
Résumé : Antonia Gonsalvus, dite Tognina, est une jeune fille atteinte d’hypertrichose, dérèglement lié à une mutation génétique qui se manifeste par une pilosité excessive sur différentes parties du cours, et notamment le visage. Considérée comme une bête de foire, Tognina est offerte à la marquise Isabella Pallavicina, qui l’éduque et la considère comme une curiosité. Tognina suscite tantôt la peur, tantôt la moquerie pour son visage. Cette apparence l’enferme dans un rôle qu’elle n’a pas choisit et fait son malheur. C’est donc avec beaucoup d’étonnement qu’elle écoute la demande de Lavinia Fontana, une femme peintre reconnue dans le milieu. Celle-ci souhaite en effet réaliser son portrait… Mais pourquoi représenter une telle « erreur de la nature », quand la peinture vise à sublimer la beauté ? D’abord réticente, Tognina accepte l’offre de la peintre. Au-delà des apparences, Lavinia Fontana découvre une jeune fille sensible avec qui elle noue un lien affectif.
Critique : Le Portrait d’Antonietta Gonsalvus est un tableau réalisé par Lavinia Fontana en 1595, qui est aujourd’hui visible au musée des Beaux-Arts de Blois. La famille Gonsalvus est restée célèbre pour être le premier cas historiquement attesté d’hypertrichose. En effet, le père de Tognina – dont l’histoire sordide est racontée dans l’album – est également atteint de cette maladie congénitale. À partir du portrait de Tognina, le duo expérimenté formé par Éric Corbeyran (scénario) et Michel Colline (dessin) imagine un récit qui met en scène la peintre et son modèle. À la lecture de l’album, on comprend vite ce qui a incité les auteurs à imaginer l’histoire derrière le tableau.

- © Éric Corbeyran, Michel Colline / Glénat
La relation entre Tognina et Lavinia Fontana se construit sur une double étrangeté. Celle de Tognina, en premier lieu : prisonnière de son apparence, la jeune fille a bénéficié d’une éducation – ce qui est un privilège dans l’Italie du XVIe siècle – mais elle est condamnée à être résumée à son visage. Celle de la peintre, ensuite. Si le cas de Lavinia n’est pas unique, rares sont les femmes à exercer le métier de peintre au XVIe siècle, et son itinéraire est également raconté dans l’album. En croisant ces deux destins si différents, l’album interroge ainsi le rôle social des femmes. Si Tognina est en effet unique par son apparence, les femmes en général ne sont-elles pas cantonnées au rôle de faire-valoir ?

- © Éric Corbeyran, Michel Colline / Glénat
Si le destin de Tognina ne manquera pas de toucher le lecteur, la mise en scène évite tout pathos, privilégiant des questions plus fondamentales. Petrus Gonsalvus, élevé à la cour d’Henri II, puis sa fille Tognina sont d’abord considérés comme des être sauvages, et le quidam s’éloigne d’eux. Mais ce rejet en dit davantage sur la société qui exclut que sur les personnes visées par l’opprobre. Qui manque d’humanité : la jeune fille à la pilosité excessive, ou ceux qui croient en une bête sauvage ou à un châtiment divin ? Le récit interroge également le rapport de Tognina à Dieu : dans une société où tout le monde est croyant, faut-il interpréter cette caractéristique physique comme un châtiment, une épreuve divine ? Enfin, le choix de peindre Tognina est longuement questionné dans le récit. Peindre Tognina, est-ce satisfaire une forme de curiosité malsaine, ou au contraire mettre en évidence l’infinie diversité du monde ? La question reste ouverte.
Michel Colline opte pour un dessin semi-réaliste pour donner vie à ses personnages. Les scènes qui se déroulent dans la campagne font l’objet de jolies planches bucoliques, et les intérieurs des résidences aristocratiques sont représentés de façon soignée. L’impression est réalisée sur un papier légèrement rosé, qui fait écho à la mise en couleur de l’album. Celle-ci repose en effet sur une palette restreinte à des nuances de bleu et de rose en plus du noir. Ce choix participe à l’atmosphère du récit.
À partir d’un tableau bien réel, Tognina construit une fiction historique intéressante qui interroge le regard social qu’une société porte sur la différence.
144 pages – 20 €
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Galerie photos
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