Le 12 novembre 2025
- Scénariste : E.M. Carroll>
- Dessinateur : E.M. Carroll
- Genre : Drame, Fantastique, Chronique sociale, Horreur
- Editeur : 404 Graphic
- Famille : Comics, Roman graphique
- Date de sortie : 23 octobre 2025
Un récit fantastique à tendance cauchemardesque, qui met brillamment en scène un drame familial et intime.
Résumé : Jeune femme un peu ronde et sans grande confiance en elle, Abby s’est mariée avec David, un dentiste plus âgé qu’elle qui a eu une fille de son premier mariage, Crystal. Tous les trois vivent dans une maison près d’un lac, loin de l’agitation de la grande ville. Abby cuisine, s’occupe de la maisonnée et travaille dans un supermarché. Elle reproduit machinalement les codes de la vie de famille classique, et cherche à plaire à David. Mais un secret pèse au-dessus de leur relation : qu’est-il réellement arrivé à la première épouse de David, la mère de Crystal, une femme artiste dont plus personne ne parle ? Il semblerait pourtant que sa présence hante cette nouvelle maison au bord du lac qu’ils viennent d’investir : le tableau, situé dans le bureau de David, ne serait-ce pas le sien ? Et que se cache-t-il au fond du lac… ?
Critique : Une jeune femme représentée en noir et blanc avec en robe de nuit descend l’escalier et contemple, le regard figé, une présence située devant elle. La traînée de sang qui macule le bas de l’escalier forme une figure inquiétante, une sorte de sirène poisseuse qui surplombe la jeune femme. Telle est la couverture d’Une invitée dans la demeure, récit glaçant et chronique sociale qui met en scène Abby, jeune femme apparemment banale et effacée que l’on suit à la première personne. L’incipit révèle qu’Abby rêvait de dragons et de chevaliers, mais dans une version beaucoup plus sanglante que celle que l’on retrouve dans les contes pour enfants. « Avant, je rêvais de dragons » se rappelle la jeune femme « Je les découvrais […] haletants, nerveux. Quand je les éventrais, ils se vidaient de leurs richesses intérieures dans un torrent fétides de joyaux scintillants et sanglants… et moi… en-dessous… je trouvais de l’apaisement parmi les viscères chaudes ». Le ton est donné. La scène mobilise les codes graphiques du conte, avec ses couleurs chaudes, avant que l’on ne retrouve le noir et blanc du quotidien dans les pages suivantes, qui exposent ce qu’Abby apprécie dans la vie conjugale qu’elle partage avec David.
Cette distance entre la violence cauchemardesque de ces pensées et la banalité du quotidien se retrouve à plusieurs reprises dans le récit millimétré d’E.M.Carroll, jusqu’à ce que le fantastique ne percute la vie d’Abby. Cette dernière vit la vie d’une personne rangée avec David, dont le récit nous invite rapidement à nous méfier : cet homme, derrière son apparente bonhomie, peut se mettre en colère rapidement et attend d’abord de son épouse qu’elle s’occupe de son intérieur et d’éduquer sa fille, Crystal, laquelle semble profondément perturbée par la mort de sa mère. Le vernis de la petite famille heureuse craquelle rapidement sous l’effet du spectre de la mère de Crystal, appelée Sheila… qui prend la forme d’une apparition au fond du lac. Mais pourquoi vient-elle hanter les vivants ? Ne serait-ce pas une hallucination d’Abby ?

- © E.M. Carroll / 404 Graphic pour l’édition française
- En couleur figure la perception fantasmatique d’Abby.
Avec Une invitée dans la demeure, E.M. Carroll interroge aussi bien les relations familiales – traumatismes et vérités cachés, assignations genrées – que la psyché intime d’une femme blessée, qui navigue entre le réel et ses rêves. Le dessin d’E.M. Caroll se distingue par le soin minutieux accordé aux décors et aux personnages, représentés à l’aide d’une palette de noir rehaussé au lavis pour les teintes grises et une mise en page brillante et particulièrement diversifiée, qui empêche toute lassitude de l’œil, génère des effets de suspens et nous place au plus près d’Abby. La couleur est utilisée pour figurer le monde du rêve d’Abby ainsi que le fantastique, avec l’apparition cauchemardesque de cette « invitée dans la demeure »… Entre empathie pour les angoisses d’Abby et circonspections face à son comportement, le lecteur hésite jusqu’à un final qui promet d’être glaçant.

- © E.M. Carroll / 404 Graphic pour l’édition française
- L’album houe de façon assez brillante sur le découpage, comme on peut le voir ici. La touche de couleur nous renvoie au monde intérieur d’Abby.
Chronique sociale et intime autant que récit horrifique, Une invitée dans la demeure est un album magistral qui tient en haleine jusqu’à la dernière page et, une fois le livre refermé, pousse le lecteur à l’introspection. Brillant.
264 pages – 29,95 €
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