Le 16 juin 2026
- Scénariste : Michael Conrad>
- Dessinateur : Noah Bailey
- Genre : Thriller, Angoisse
- Editeur : 404 Graphic
- Famille : Comics
- Date de sortie : 21 mai 2026
Et si une société ou un gouvernement était capable d’infiltrer vos rêves pour insérer une publicité pour un produit, ou bien défendre une idée politique ? Porté par une intrigue savamment construite, l’album interroge la signification même de la réalité.
Résumé : Étudiante dans un campus universitaire, Ginn rêve de façon récurrente d’un homme qu’elle n’a jamais rencontré. Mais Ginn n’est pas seule à rêver de cet homme. Lorsqu’elle découvre l’affiche placardée près de sa résidence avec le visage de cet individu et la mention {« Avez-vous rêvé cet homme ? »}, Ginn se décide à consulter dans un centre qui prétend étudier ce phénomène. Ginn expose méthodiquement ses rêves angoissants à ces deux scientifiques qui enregistrent l’entretien et l’interrogent. Plus tard, la jeune femme croise dans la réalité l’homme qui hante ses rêves…
Critique : La question de la porosité de la frontière entre le monde du rêve et la réalité tangible constitue un thème récurrent de la littérature. La bande dessinée n’est pas en reste : il suffit de se rappeler de Little Nemo in Slumberland, le chef-d’œuvre de Winsor McCay dans lequel le héros voyage dans un monde onirique durant son sommeil, pour s’en convaincre. Plus récemment, le film Inception de Christopher Nolan (2010) a brillamment mis en interrogé cette frontière dans un thriller haletant. C’est dans cette veine que s’inscrit Une petite dose de tremblement, qui possède néanmoins une réelle originalité.

- © Noah Bailey, Michael Conrad / 404 Graphic
Le récit écrit par Michael Conrad et mis en images par Noah Bailey pose d’abord la question de l’exploitation commerciale et politique des rêves. L’inconscient deviendrait dès lors un espace à exploiter comme un autre, brisant la dernière frontière de l’intimité. Une petite dose de tremblement met ainsi en scène un personnage capable d’entrer dans les rêves d’autrui. Pour quoi faire ? Telle est l’une des questions d’un récit qui n’en manque pas. En effet, l’intrigue gagne en complexité dans sa deuxième partie, de façon à déstabiliser le lecteur qui, comme Ginn, en vient à s’interroger sur ce qu’il voit. Ce qui faisait figure de réalité tangible s’efface ainsi au fil des pages. Si les amateurs de ce genre de récit ne seront pas totalement surpris, l’intrigue est construite avec suffisamment de finesse pour emporter son lecteur jusqu’à son épilogue, qui apporte une réponse ambigüe. L’album ne prend pas son lectorat par la main, et ce sera à chacun de se forger son interprétation.
Le dessin charbonneux de Noah Bailey nous transporte dans un univers angoissant, qui dérange et flirte parfois avec l’horreur. Certaines planches proposent un décor très travaillé, d’autres cases au contraire se content d’un fond blanc ou gris. Faut-il y voir une quelconque signification ? Scientifiques à lunette et blouse blanche, enfant dans un pyjama lapin, centre hospitalier fait de longs couloirs, rêves à la signification ambigüe : Noah Bailey reprend avec adresse les codes du récit horrifique pour créer l’atmosphère angoissante de l’album. Si l’essentiel du récit est en noir et blanc, certaines pages sont en couleur pour figurer des scènes clés que nous ne révèlerons pas ici. Dans l’ensemble, la maîtrise graphique du dessinateur impressionne.

- © Noah Bailey, Michael Conrad / 404 Graphic
En somme, Une petite dose de tremblement n’est pas un récit qui se lit d’une traite un soir de semaine et se referme sans qu’on n’y pense plus. C’est un conte à tiroir à la narration complexe, qui nous hante encore une fois le livre fermé, et que l’on relira volontiers pour saisir les clés de l’intrigue (si tant est qu’on les découvre). Un récit envoûtant qui bénéficie d’une fabrication particulièrement soignée de la part des Éditions 404 Graphic.
152 pages – 22,5 €
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