Le 30 avril 2026
- Réalisateur : Mohamed Ali Nahdi
- Distributeur : GAWL
- Plus d'informations : Le site du Festival national de la littérature et du cinéma de la femme à Saïda
- Festival : Festival national de la littérature et du cinéma de la femme Saïda
– Sortie en salle : 29 avril 2026
Rencontre avec Mohamed Ali Nahdi, auteur d’un drame poignant autour de la maladie, de la résilience et de l’amour parental, présenté au Festival national de la littérature et du cinéma de la femme à Saïda (Algérie), et sortie en salles en France
Et si le véritable combat se jouait ailleurs ? Le 13e round déploie un drame poignant autour de la maladie, de la résilience et de l’amour parental, à mille lieues des rings. Avec ce film, Mohamed Ali Nahdi livre une œuvre à la fois sensible et douloureuse, où l’héritage de la boxe devient le fil invisible reliant un père, ancien boxeur déchu, à un fils aimant mais trop fragile. Tout y est empreint d’une grande sobriété : aucune surenchère, aucun effet appuyé, et c’est précisément ce dépouillement qui confère au film sa puissance. La mise en scène, la construction du récit, le jeu des acteurs et les dialogues s’accordent avec une justesse remarquable, chaque élément trouvant sa place sans jamais forcer l’émotion. Il faut aussi saluer le jeu admirable des comédiens : Afef Ben Mahmoud, bouleversante dans le rôle de Samia, la mère ; Helmi Dridi, qui incarne Kamel avec une délicatesse et une intensité remarquables ; et, pour sa toute première apparition à l’écran, le jeune Hedi Ben Jabouria, touchant dans le rôle de Sabri. La caméra accompagne les personnages au plus près, dans un réalisme brut, parfois inconfortable, justement parce qu’il semble profondément vrai. Mohamed Ali Nahdi capte avec une sincérité palpable ce glissement du combat physique vers une lutte plus intime, en s’attachant aux gestes du quotidien plutôt qu’aux éclats spectaculaires.
Votre film inscrit un lien de filiation par la boxe entre un père et son fils, et votre propre père (Lamine Nahdi) tient le rôle d’un ancien boxeur...
Il faut savoir que mon père est un acteur immensément connu en Tunisie. C’est un comique, un maître du one-man-show. Cette année, il fête ses cinquante-cinq ans sur scène. Je n’ai pas vécu avec mon père. Mes parents ont divorcé quand j’étais très jeune, ma relation avec lui n’a jamais été stable. Il y a beaucoup d’amour, même si à certains moments nos rapports ont été conflictuels. J’ai été témoin d’évènements assez durs, comme ses tentatives de suicide, ou son abandon lorsqu’il nous a laissés, ma mère et moi. Mais en même temps je l’ai toujours admiré, je l’ai aimé et l’aime encore. Depuis un certain temps, nous nous sommes de plus en plus rapprochés. Pour le film, je me suis inspiré de mes rapports avec lui, les bons comme les mauvais. Par exemple, lorsque j’étais jeune, mon père faisait de la boxe. Et comme lui, je pratique la boxe en amateur, depuis une dizaine d’années.
Vous diriez que c’est votre langage commun ?
Exactement. Il y a une séquence dans le film que j’ai vécue avec mon père. Quand j’étais petit, même après le divorce de mes parents, il venait parfois à la maison et on jouait ensemble à la boxe. Je me souviens que je tenais ma garde. Parfois, il esquivait les coups, mais il lui arrivait aussi de taper fort, et je commençais à pleurer. La réplique que j’ai mise dans le film est exactement celle qu’il m’a dite à l’époque. Dans le film, on voit le fils et le père aller au cinéma, c’est un souvenir d’enfance que j’ai aussi vécu avec mon père. Nous sommes allés au cinéma voir Le Champion (Franco Zeffirelli, 1979 avec Jon Voight). Il m’a fait sortir de la salle avant la séquence finale où le boxeur meurt. C’est seulement vingt ans après que j’ai pu enfin voir intégralement le film. Je suis resté toute ma vie, avec cette idée que le père ne meurt pas à la fin de ce chef-d’œuvre. C’est un film qui a accompagné toute ma jeunesse. Je dois ajouter que mon père se réveillait la nuit pour regarder la retransmission des matchs de boxe avec Muhammad Ali. Lorsque Le 13e round a été programmé en décembre 2025 aux Journées Cinématographiques de Carthage en Tunisie, le public a été agréablement surpris de découvrir mon père dans un autre registre que celui qui l’avait fait connaître. Un rôle un peu mineur, mais tout de même symbolique. Ce n’est pas la première fois que je travaille avec lui, j’ai mis en scène deux de ces one-man-show, il a aussi joué dans mon premier long-métrage, Moez, le bout du tunnel (2021). Aujourd’hui, avec ce film, je ressens un apaisement dans mes rapports avec mon père. Nous parlons d’égal à égal, il a confiance en moi, mais il attend toujours que je réalise un film comique !
Votre film met en scène une impensée, la mort annoncée de l’enfant. D’où vient ce récit déchirant ?
La mort d’un enfant est insoutenable. Cette histoire est hélas universelle. En ce qui concerne Le 13e round, je porte ce projet depuis une quinzaine d’années. À l’époque, j’étais comédien, comme aujourd’hui d’ailleurs ; en même temps je faisais de la boxe en amateur. J’avais envie d’interpréter le personnage d’un boxeur tunisien. J’ai donc commencé à contacter quelques boxeurs connus, tel le champion Kamel Bou Ali (champion du monde des poids super-plumes en 1989 et 1992). Je voulais raconter son histoire, non pas celle des combats, mais de son parcours, celui d’un jeune homme venu des quartiers populaires qui atteint la gloire, et puis revient à la case départ. Le projet a évolué, comme moi, au fil des années et des mes différentes expériences, que ce soit au théâtre et au cinéma. J’ai un peu oublié le ring, mais pas la dimension psychologique. Un jour, j’ai eu rendez-vous avec un médecin dans un hôpital public à Tunis. Je vois une femme et son enfant, le jeune garçon pleurait de douleurs sur ses genoux. Elle venait de loin, n’était pas de la capitale. Je monte voir le médecin et lorsque j’en ressors, presque une heure plus tard, je remarque que la mère est toujours présente avec son fils souffrant. Cette scène m’a profondément marqué. J’ai été saisi par la douleur de l’enfant, je suis remonté voir le docteur qui a pu la recevoir. Mais cette image ne m’a pas quitté : celle d’un enfant abandonné à la souffrance, qui ne peut pas être sauvé... Je devais développer cette histoire et raconter cette douleur.
Vous avez finalement donné le rôle de Kamel, le père boxeur, au comédien Helmi Dridi.
Je connais Helmi depuis des années, nous avons travaillé ensemble en tant qu’acteurs pour une série française. Nous partageons la même passion pour la boxe, qu’il a pratiquée assez longuement. De plus, il est issu d’un quartier populaire, quasiment collé à celui où habitait ma grand-mère maternelle. C’est d’ailleurs là où Le 13e round a été tourné. Il n’y a pas de hasard. Je voulais vraiment tourner dans ce quartier que je connais, où il est très difficile de le faire. Les policiers ne sont pas vraiment les bienvenus, on a donc engagé des agents de sécurité issus du quartier pour pouvoir tourner.

- Kame et Samia - Helmi Dridi et Afef Ben Mahmoud
- © GAWL
Vous êtes-vous inspiré de votre propre grand-mère pour le personnage de l’aïeule dans le film ?
Non pas du tout, mais plutôt de la mère de mon épouse ! Ma grand-mère, c’est autre chose, elle est tellement gentille. La grand-mère du film est une femme qui peut sembler dure, même très dure. Or, elle ne veut que le bonheur de sa fille qui a fait, selon elle, le mauvais choix de se marier avec un homme qui ne la mérite pas. Elle le lui dit d’ailleurs. Elle ne l’aime pas, parce que, dès le départ, il était le voyou du quartier.
Samia, la mère de l’enfant malade, est interprétée par l’actrice Afef Ben Mahmoud, qui joue la formidable épouse et soutien de son mari. De qui de qui vous-êtes vous inspiré ?
C’est une femme sensible et forte à la fois. Pour ce rôle, je me suis inspiré de ma première épouse avec qui j’ai eu deux enfants, mais aussi de ma deuxième femme avec qui nous avons un enfant. J’ai puisé dans ma vie intime pour ce film. J’ai connu ma première épouse au lycée, nous étions jeunes et j’étais le bad boy de l’école. Elle me craignait un peu au début, on a commencé à sortir ensemble, mais moi je faisais ma vie, je n’étais pas si fidèle que ça, je suis même parti en France faire des études de cinéma, où je me comportais avec légèreté. Comme pour Samia avec Kamel dans le film, ma compagne m’a attendu. Alors que Kamel a toujours tendance à fuir ses responsabilités, Samia, au contraire, affronte la vie. Et là, je m’inspire de mon épouse actuelle, une femme battante et pleine de courage. Elle m’a énormément aidé lorsque je me suis retrouvé confronté à la maladie de ma mère. Il n’y a pas d’invention, seulement un travail de réécriture à partir d’expériences vécues.
Vous dressez le portrait d’un couple soudé par l’amour.
Samia est le socle pour Kamel. Lors du tournage, je racontais aux comédiens l’histoire de leurs personnages, comment ils s’étaient rencontrés, quels enfants ils étaient avant de devenir ce couple qui reste debout malgré toutes les épreuves.
Le film montre combien Sabri, le fils, soutient le père dans son rêve de boxeur…
Être père lui donne une raison de tenir debout. Kamel est un homme blessé, presque un enfant, ce n’est pas du tout le boxeur à la Jack La Motta dans Raging Bull de Martin Scorsese. Je pense que le père a plus besoin du fils que le fils a besoin de lui. J’en arrive même à penser que c’est sa seule raison d’être maintenant. C’est grâce à son fils Sabri que Kamel peut continuer à vivre, malgré les échecs qu’il a connus sur le plan professionnel. Sabri est un jeune garçon de neuf ans qui, lorsqu’il tombe malade, se sent coupable car il ne peut battre la maladie, la mettre KO, comme tout bon boxeur digne de ce nom. Si son père quitte le foyer, c’est de sa faute. Il le dit à sa grand-mère : « Mon père s’est enfui parce que je n’ai pas pu gagner ce round, parce que cette maladie m’a mis KO. » Il veut vaincre la maladie non pas uniquement pour lui mais pour son père. De même, lorsque son père lui apprenait à bien boxer, alors même qu’il avait mal, il ne disait rien, pour ne pas décevoir son père. C’est ce côté macho des hommes, peut-être pas nécessairement arabe, que l’on retrouve hélas un peu partout. Où le fils se doit d’être fort, il ne doit pas pleurer. Le paradoxe, c’est que le père est parfois plus enfantin, immature que son propre fils. Lorsque je rends visite à ma grand-mère, elle ne manque pas de me reprendre, car selon elle je perturbe mon fils parce que je joue tout le temps avec lui… Mon père était vraiment très sévère, mais il pouvait aussi jouer avec moi. J’ai gardé cette relation amicale, enfantine, d’un père à son fils.
La mort annoncée de leur enfant transforme le couple, chacun se révèle.
Depuis quelques années, je vis une expérience très douloureuse. Il s’agit de ma mère, atteinte de la maladie d’Alzheimer, en phase avancée. Au début, j’étais dans le refus, je n’acceptais absolument pas cette maladie, je me battais contre elle, mais à la fin, j’ai accepté. Jamais je n’aurais imaginé que je pouvais vivre ainsi, en acceptant ce qui me semblait impossible. Le fait que ma mère ne me reconnaisse plus, qu’elle ne parle plus. Alors, oui, je peux encore la voir, la serrer dans mes bras, lui donner des bisous, mais quand ma mère partira, je ne sais pas comment cela va se passer. L’acceptation de sa maladie est ce qui m’aide à tenir. Je la vois presque tous les jours et j’ai accepté qu’elle ne me reconnaisse plus. Je pense que c’est exactement pareil pour Samia et Kamel, ensemble ils ont progressé. Pour eux, il ne s’agit pas d’une mort subite : c’est une mort qu’ils accompagnent ensemble, surtout la mère. Je n’ai pas voulu imaginer la suite pour eux, après le décès de leur enfant, même si quelque chose a vraiment évolué entre eux.
Comment avez-vous rencontré Hedi Ben Jabouria qui interprète le personnage de Sabri ?
Dès que je l’ai vu, j’ai su que c’était quelqu’un d’obstiné, têtu, qui savait ce qu’il voulait. J’ai déjà travaillé avec des enfants, mais Hedi est unique. J’ai vu plus d’une centaine d’enfants pour le casting, et je n’avais pas encore arrêté mon choix. J’étais en repérage dans le quartier, pour la maison du couple dans le film, lorsqu’un petit garçon s’est collé à moi. Il ne m’a pas lâché de toute la journée, ne cessant de me dire qu’il veut jouer, qu’il veut faire un essai. J’ai accepté, assez bluffé par l’incroyable volonté de ce jeune garçon. Je l’ai regardé, j’ai commencé à parler avec lui et je me suis dit : c’est lui. C’est le destin. Il était déjà fin, longiligne. En l’observant, je pensais à la seconde partie du film où, déjà atteint par la maladie, il devient de plus en plus frêle. J’ai découvert qu’il habitait la maison voisine de celle du film. C’est un enfant du quartier. Chaque jour, il venait à pied sur le plateau de tournage, accompagné de sa mère ou son père. Un jour, sa mère a dû quitter le plateau, car elle ne pouvait pas supporter de voir son fils jouer le rôle d’un enfant mourant, elle n’arrêtait pas de pleurer.

- Samia - Afef Ben Mahmoud
- © GAWL
En quoi Hedi est-il unique ?
Ce qui m’a vraiment le plus frappé, et c’est paradoxal de le dire d’un non-professionnel, c’est justement son professionnalisme. Lorsqu’il arrivait sur le plateau, il était prêt. Non seulement, il avait appris son texte, mais il connaissait toutes les répliques de ses partenaires. Il pouvait donner la réplique à ses partenaires lorsque parfois ils hésitaient ou oubliaient des mots. De même, assez rapidement, il a su se taire, faire silence lorsqu’il le fallait. Il a été absolument impeccable. C’est ainsi que j’ai pu terminer le tournage avec trois jours d’avance. Mon producteur était si étonné : une telle économie, c’était une première pour lui ! Tout était fluide, avec l’équipe technique comme les acteurs.
Le 13e round est un huis clos intime sur une famille. Avez-vous fait des répétitions avec vos trois acteurs principaux ?
Non pas vraiment, nous avons surtout parlé en amont du tournage. On a fait des lectures. On a beaucoup parlé sur les personnages, la manière dont je les vois ; et une fois sur le plateau, ce que je cherchais avant tout c’est la justesse. Que les acteurs jouent non pas de manière démonstrative, mais avec une retenue, tout en intériorité. Je dois ajouter que je fais peu de prises : trois à quatre par scène, parfois certaines scènes ont été tournées une seule fois. C’est le cas pour la séquence où le docteur annonce aux parents que le cancer de leur fils est au stade 4, qu’il n’y a plus rien à faire. Cette scène fut tournée en une seule prise. J’avais demandé à l’actrice Afef (Samia, la mère) de ne pas pleurer. Tout le monde est en place, la caméra tourne, la scène est filmée. Je lance « Coupez. » Afef est restée sur le plateau, n’a pas bougé, elle a pleuré pendant une heure et demie. Je n’exagère pas, elle était tellement secouée.
Pourriez-vous nous raconter comment vous avez travaillé avec Hatem Nechi, votre chef opérateur ?
Pour ce film, je voulais absolument créer une autre esthétique, plus dépouillée. J’ai longuement échangé avec Hatem pour lui expliquer ce que je voulais faire, car ce film était très différent. Contrairement à mes films précédents, souvent tournés avec une caméra à l’épaule dans une esthétique plus brute, j’ai choisi ici de poser la caméra et composer des images plus construites : des tableaux, des perspectives, une mise en scène précise où rien n’est laissé au hasard. Nous avons travaillé avec la caméra Alexa Mini LF, elle possède des qualités très particulières : une colorimétrie et une sensibilité qui permettent d’obtenir une image assez proche du 35 mm. On retrouve ce petit grain qui rappelle la pellicule, et c’est précisément pour cela que nous l’avons choisie. J’apprécie beaucoup de travailler avec lui parce que ce n’est pas quelqu’un qui se contente d’exécuter : c’est un artiste. Il propose des idées, et plusieurs des plans les plus beaux du film viennent de ses propositions. Il y a des moments où je suis très précis dans ce que je veux, mais j’écoute aussi beaucoup les personnes avec qui je travaille.
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