Le 28 avril 2026
- Réalisateur : Vladimir de Fontenay
- Distributeur : Haut et Court
– Sortie en salles : 29 avril 2026
Nous avons échangé avec le réalisateur lors du dernier Festival de Sarlat autour de son film tourné dans des conditions extrêmes et produit à l’échelle de toute l’Europe.
Qu’est ce qui a résonné en vous à la lecture du livre de David Vann ? En découvrant le film, on comprend qu’il devait y avoir une grande promesse de cinéma.
En lisant ce livre, j’ai été frappé par cette relation père-fils au milieu de nulle part, avec cette nature dépouillée, à la fois chaleureuse et complètement glaciale. Une nature qui épouse les variations sentimentales des personnages. Elle est vraiment le troisième personnage du film et alors que ce père et ce fils ont tout à reconstruire, l’environnement de cette reconstruction devient aussi brutal que les relations qu’ils entretiennent. Comme au fil des saisons, il y a comme un éternel recommencement de la fabrication d’un lien entre le père et son fils. La question qui m’a touché à la lecture et était déjà au cœur de mon premier film est : « Les enfants peuvent-ils sauver leurs parents ? » Ici, c’est un fils qui essaie de sauver son père, essaie à chaque fois de le récupérer, de lui redonner une chance, jusqu’à ce que cela devienne impossible. Dans ce livre, il y a, en creux, un fils qui s’émancipe en raison d’une séparation inattendue et brutale. Ce qui nous a intéressés avec mes productrices, ce n’était pas seulement d’adapter l’histoire du livre, mais aussi celle qui se cachait derrière le livre. Ce que nous avons découvert au contact de l’auteur qui nous a accompagné dans le travail d’adaptation, c’est qu’il a écrit ce livre parce qu’il n’a pas fait ce voyage avec son père et a imaginé ce qui aurait pu se passer s’il l’avait fait. Ce voyage est une sorte de réécriture d’un traumatisme et une émancipation de ce traumatisme.

- Woody Norman, Swann Arlaud
- © 2025 Haut et Court. Tous droits réservés.
Vous avez tourné au sein d’une nature hostile. Qu’est ce qu’un tel environnement suppose en termes de mise en scène et de production ?
On m’a dit que c’est un huis clos à ciel ouvert. Les personnages sont enfermés l’un à l’autre dans une nature immensément vaste. En étant seul au monde, on est confronté à soi-même, à ses choix. On cherchait une nature qui allait être immense, impossible à dompter, à appréhender. Il y avait aussi l’envie de montrer une nature qui n’était pas à tomber à la renverse. Elle est très belle mais il y a comme un revers de la médaille dans ce mythe de retour à la nature qu’entretient beaucoup le père, qui part en n’étant absolument pas préparé à un hiver près du cercle polaire. J’aimais l’idée que, comme souvent, les paysages sont beaux quand nous vivons des beaux moments mais quand nous traversons des choses complexes, nous ne sommes pas forcément sensibles à la beauté d’un paysage. J’avais à cœur de trouver un lieu qui puisse vraiment se transformer avec les émotions des personnages. C’est la raison pour laquelle nous sommes allés dans cette espèce de contrée improbable au nord de la Norvège où nous avons trouvé un camp militaire pour accueillir une équipe de cinéma.
Comment allions-nous gérer cet hiver absolument brutal ? Pour des raisons de production, il a été évoqué de tourner les scènes d’hiver en studio. Mais c’était impossible car il fallait qu’on ressente ce que ressentent les personnages. Il fallait être en symbiose avec eux et ce qu’ils vivent. Nous avons donc fait ce pari de tourner en décor naturel. Cela a été complexe mais c’est aussi un luxe de n’avoir qu’un seul décor. Si nous avions besoin d’une tempête de neige et qu’elle n’arrivait pas, nous pouvions changer le plan de travail et nous adapter. Il y avait une flexibilité. Même si la malléabilité d’un décor a ses limites car il y a aussi quelque chose d’organique qui se joue lorsqu’on tourne et, finalement, lors de la scène où ils se déchirent, il y a un grand soleil. Cela crée quelque chose d’inattendu, de différent.
Le personnage du père est assez intriguant tant il semble habité par une sorte de folie…
Dans le livre, le père est dur à excuser tant il est sadique. Il raconte des atrocités à son fils. Il est difficile d’avoir de l’empathie pour lui. Or j’avais la conviction qu’il fallait s’accrocher à lui car suivre un père qui maltraite son fils sans arriver à le comprendre, ça ne m’intéresse pas. Ce qui m’intéresse est : alors qu’il met tout en œuvre pour rendre possible ce lien avec son fils, pourquoi cela ne marche pas et pourquoi il est aussi le premier à en souffrir. C’est la raison pour laquelle je suis allé chercher un acteur très empathique et Swann Arlaud s’est imposé comme une évidence car il a quelque chose de très fragile et vulnérable. On peut adopter le point de vue de ce fils qui veut sauver ce père bancal, mal dégourdi, qui fait tous les mauvais choix et bascule dans une forme de folie, mais c’est aussi une folie que finit par voir le personnage. Il y a quand même tout ce jeu de culpabilité inversée où le jeune garçon se culpabilise de tout un tas de situations jusqu’à ce qu’il admette que le père déraille complètement. L’image de l’ours qui revient dans le récit est une allégorie de la folie du père.
Le choix de Swann Arlaud semble d’autant plus approprié que c’est un acteur qui possède une vraie gueule de cinéma…
Pas seulement sa gueule… son corps aussi. Il a quelque chose de très juvénile en lui alors qu’il a les cheveux blancs. On a l’impression de voir un homme enfant. C’était une caractéristique de ce père un peu irresponsable, travaillé par ses passions, frustré, qui s’invente un rêve qui n’est pas le sien. D’où l’évidence de s’entourer d’un comédien comme Swann qui est aussi infiniment humble. Une vraie rencontre a eu lieu entre nous deux. Pour produire un film aussi complexe, avec une telle histoire, dans un tel environnement, dans de telles conditions de tournage, il faut vraiment avoir des alliés. Et Swann s’est avéré très précieux dans ce processus. Il était à mes côtés même les week-end pour tourner des plans à l’arrache. C’est un allié de production, de jeu, et même à tous les niveaux.

- Swann Arlaud
- © 2025 Haut et Court. Tous droits réservés.
Pourquoi avoir choisi de tourner le film en langue anglaise ?
Je tenais à tourner en anglais pour parler de ce territoire-là et de ces personnages-là. J’ai trouvé assez vite intéressant qu’il y ait comme une barrière de la langue entre le père et le fils. Cela rajoute quelque chose à l’impossibilité du lien. Je trouve qu’il n’y a rien de plus beau que Nina Simone chantant « Ne me quitte pas » en français. C’est magnifique et puissant lorsque la parole s’écorche sur les mots. Ici, dans cette histoire de reconquête d’un père de l’affection de son fils, la difficulté de communiquer, qui est au cœur du récit, devait être très tangible. L’enjeu pour Swann était de parler suffisamment bien anglais pour qu’il puisse exprimer ce que raconte le père à son fils mais sans y réfléchir. Les mots devaient sortir de lui comme si c’était sa langue. Nous avons décalé le tournage dès que Swann a accepté le rôle afin de lui donner ce temps précieux pour qu’il maîtrise mieux cette langue et puisse communiquer ses émotions avec elle.
D’ailleurs, nous avons tourné le film à l’envers. D’abord la deuxième partie puis la première lors des beaux jours du printemps. Nous avons donc commencé par tourner la relation à un état qui est déjà dégradé, où les comédiens se connaissaient peu et cela apportait une distance palpable entre les personnages. Puis, lorsque nous avons tourné au printemps le début du film, ils étaient plus proches l’un de l’autre et leurs échanges plus chaleureux.
Comment avez-vous financé un tel projet ?
Mes ardentes productrices de chez Haut et Court, Carole Scotta, Caroline Benjo, accompagnées d’Eliott Khayat, ont activé tout leur réseau de partenaires européens pour monter ce projet. C’était joyeux de participer à cette coproduction européenne où j’étais entouré de Belges, de Norvégiens, de Français, d’Anglais et d’Écossais. Il y avait tout un mélange de savoir-faire super enrichissant. Cela peut être fragilisant au début car on a peur de ne pas être entouré de nos chefs de poste habituels. Mais en réalité, cela permet d’être très au clair sur le projet et de créer les éléments pour que l’entreprise soit une réussite. Le mythe européen est bien vivant. Dans l’industrie du cinéma, nous avons la chance de participer à une certaine forme d’aventure européenne en bénéficiant d’une telle coproduction. J’ai l’impression d’avoir participé à cet effort européen au sein de l’industrie culturelle.
Propos recueillis par Nicolas Colle
Galerie photos
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