Le 15 mars 2026
- Scénariste : Anne-Caroline Pandolfo>
- Dessinateur : Terkel Risbjerg
- Genre : Adolescence, Amour, Fugue, Alsace, Punk
- Editeur : Dargaud
- Famille : Roman graphique
- Date de sortie : 27 février 2026
Back to the 90’s : chronique adolescente d’un été ordinaire… ou presque.
Résumé : L’école est finie. L’été s’installe avec une bande d’ados qui traîne sans vraiment savoir pourquoi, et cette sensation familière d’attendre quelque chose — ou quelqu’un — sans pouvoir le nommer. Dès les premières pages, Hervé, brun au regard sombre, disserte sur la manière de prononcer « fuck », tandis qu’autour de lui gravitent déjà presque tous les protagonistes : Vivi, Magou, Chris, Tralala, les Renés, Red, Sissi. Les vacances commencent, et avec elles ce temps suspendu où l’on squatte, où l’on rêve, où l’on s’échappe chacun dans ses pensées, sa musique ou ses envies d’ailleurs. À l’écart, Persille, blonde solitaire en rollers, intrigue Vivi et devient, par son isolement même, le centre de toutes les projections. Ce livre raconte leur rencontre, mais aussi bien plus : un retour dans les années 1990 et dans les turbulences de l’adolescence.

- On était des anges - p.6
- Tous droits de reproduction réservés ©Dargaud, 2026, Pandolfo & Risbjerg.
Critique : Anne Caroline Pandolfo et Terkel Risbjerg forment depuis plusieurs années un duo complice qui a signé de nombreuses collaborations marquantes. Leur première bande dessinée commune, Mine, une vie de chat, posait déjà les bases de leur univers : une sensibilité poétique, un goût pour les personnages en marge et une fantaisie douce amère. Ils ont ensuite publié plusieurs albums très différents, mais où leur signature reste reconnaissable, comme L’Astragale, adaptation du roman d’Albertine Sarrazin, qui explore la cavale, la liberté et la fragilité humaine, ou encore Enferme moi si tu peux, consacré à des portraits de six artistes bruts, artistes atypiques et personnalités singulières. Plus récemment, Copenhague déploie un un polar loufoque et mélancolique rendant hommage à la cité danoise. Avec On était des anges, ils reviennent à l’ordinaire : celui des adolescents qui oscillent entre conformisme et désir d’être « quelqu’un ».
Ce nouvel album nous ramène dans les années 1990, à une époque où l’on se retrouvait « pour de vrai », sans téléphone portable pour organiser ses journées. Une bande de jeunes occupe son été dans une petite ville alsacienne, Isheim, entre quelques commerces, des espaces publics partagés et la campagne toute proche. Un décor banal, mais qui est pourtant le lieu où se jouent — hier comme aujourd’hui — les années décisives de l’adolescence. Ici comme ailleurs, les jeunes se rassemblent sur une aire de jeux à moitié abandonnée, taguée, qui devient leur repère. Ils y passent des heures à s’écouter, rêver, gueuler, espérer. Chacun y affirme sa personnalité, dans ce fragile équilibre entre singularité et besoin d’appartenance. Puis vient le retour à la maison, avec des parents souvent éloignés des préoccupations de leurs enfants, absorbés par leurs routines et leurs propres dysfonctionnements. Chaque famille forme un petit monde où se mêlent attachements et incompréhensions.

- On était des anges - p.19
- Tous droits de reproduction réservés ©Dargaud, 2026, Pandolfo & Risbjerg.
Le livre capte avec justesse ces relations de petits bourgs où l’on apprend à se connaître, où l’on choisit sa bande, où l’on se dispute et se réconcilie. À 14 ou 16 ans, on a des idées larges et des horizons étroits. On tente d’échapper à la reproduction sociale, à l’endogamie du milieu, en se démarquant… en formant des bandes, nouveaux espaces sociaux qui ne changent finalement pas grand chose à la donne de départ. Les journées de vacances s’étirent entre rendez vous au skatepark désaffecté, balades le long des voies ferrées, virées en mobylette ou en vélo, boums d’anniversaire qui agacent les voisins, envies de fuite, fêtes de village avec auto tamponneuses et concerts. Et partout, la musique : The Cure, Cyndi Lauper et d’autres encore. On l’écoute, on la joue, on affiche ses idoles sur les murs des chambres ou sur les tee shirts. Dans cet album, la bande son est une composante essentielle de l’atmosphère graphique, aussi importante que les décors ou les styles vestimentaires. L’éditeur propose d’ailleurs une playlist à écouter en parallèle.
Le dessin de Risbjerg, précis et enlevé, donne aux personnages un léger décalage dans les traits, une étrangeté qui les rend immédiatement singuliers. Leurs regards, insondables, interrogent : qu’y a t il dans leurs têtes, dans leurs corps en transformation ? La palette dominée par le gris et le noir confère à l’ensemble une atmosphère morne mais jamais pesante. Les scènes nocturnes sont particulièrement réussies. La narration parvient à exprimer l’ennui sans jamais ennuyer le lecteur : un équilibre subtil, comme ces adolescents dont le cœur bat autant qu’il vacille.

- On était des anges - p.13
- Tous droits de reproduction réservés ©Dargaud, 2026, Pandolfo & Risbjerg.
Pour celles et ceux qui ont grandi dans une petite ville de France dans les années 1990, l’album fera résonner des souvenirs immédiats. Mais il touche aussi à quelque chose de plus universel : cet âge ingrat et sublime où l’on devient quelqu’un sans savoir encore qui, où l’on cherche à s’émanciper tout en restant attaché à son groupe.
On était des anges est le premier volet d’un diptyque dont le second tome, attendu pour l’automne 2026, retrouvera Vivi et les autres trente ans plus tard. Ceux qui auront aimé ce premier tome seront sans doute impatients de découvrir la suite.
152 pages – 22,95 €
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Galerie photos
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