Helmi Dridi, l’humilité au service du jeu
Le 2 mai 2026
- Acteur : Helmi Dridi
- Distributeur : GAWL
- Plus d'informations : Le site du film
– Sortie en salles : 29 avril 2026
À l’occasion de la sortie en salles du film, nous avons pu échanger avec Helmi Dridi, acteur tunisien qui s’est imposé ces dernières années comme une figure montante du cinéma maghrébin.
LIRE NOTRE ENTRETIEN AVEC LE RÉALISATEUR MOHAMED ALI NAHDI
En salle depuis ce mercredi 29 avril, Le 13e round de Mohamed Ali Nahdi continue de rafler des prix dans les festivals à l’étranger, dont le prix de la meilleure interprétation pour l’acteur Helmi Dridi au dernier Festival méditerranéen d’Annaba, en Algérie. Occasion idéale de découvrir un acteur hautement sensible, qui dévoile un jeu tout en nuances, entre la douleur existentielle de l’homme arabe diminué dans son propre pays et la fragilité bouleversante d’un individu qui vit la pire expérience en tant que père. Révélé par le cinéaste Nouri Bouzid (Poupée d’argiles en 2001, Making of en 2005), Helmi Dridi est un comédien tunisien reconnu pour l’intensité et la sensibilité de son jeu. Il s’est imposé ces dernières années comme une figure montante du cinéma maghrébin, notamment dans le superbe Par-delà les montagnes (2023) de Mohamed Ben Attia. Il incarne souvent des rôles profondément humains, souvent marqués par des tensions sociales et psychologiques.
Vous souvenez-vous de la première fois où vous avez entendu parler de ce projet ? Aviez-vous d’abord lu le scénario ou le réalisateur vous en avait-il parlé avant ?
La première fois qu’il m’en a parlé, il n’y avait même pas encore de scénario. Il m’a simplement confié son idée : il voulait faire un film autour d’un boxeur. C’était très embryonnaire, presque une intuition. Nous venions de terminer le tournage d’un film français ensemble. Quelques jours plus tard, nous nous sommes croisés à Tunis et sommes allés prendre un café. C’est à ce moment-là qu’il m’a parlé de ce projet. Il se trouve que comme moi, Mohamed Ali Nahdi a pratiqué la boxe. J’en ai fait pendant assez longtemps, en amateur. J’ai commencé vers l’âge de onze ou douze ans et j’ai continué jusqu’à l’année de mon baccalauréat. Cette année-là, j’ai dû faire un choix : je faisais à la fois de la boxe et du théâtre, et il devenait impossible de tout concilier. L’année du bac est déjà très chargée, et il fallait abandonner quelque chose. Finalement, j’ai décidé d’arrêter la boxe et de continuer le théâtre. Quand il m’a parlé du projet ce jour-là, il imaginait encore jouer lui-même le rôle principal. Mais intérieurement, je me suis surpris à penser : ce serait formidable qu’un jour il me le propose. Je n’osais évidemment pas le dire, mais l’idée m’a traversé l’esprit. Quelques années plus tard, il m’a appelé. Nous nous sommes retrouvés à Paris, avons longuement discuté du film et il m’a finalement envoyé le scénario. Entre-temps, il m’a raconté une anecdote assez drôle : au départ, il tenait absolument à jouer lui-même le rôle principal. Son épouse de l’époque, qui était aussi directrice artistique du film, lui disait qu’il devrait plutôt se concentrer sur la réalisation et laisser le rôle à un autre acteur. Il refusait catégoriquement. Puis un jour, elle lui a proposé mon nom. Comme nous nous connaissions déjà et avions travaillé ensemble, il a fini par accepter l’idée.
Quand vous avez lu le scénario, vous étiez déjà père. Cela a-t-il changé votre manière de le recevoir ?
Oui, énormément. Devenir père a profondément transformé ma manière de regarder les films et lire les scénarios. Depuis la naissance de mon fils, tout ce qui touche à l’enfance me bouleverse beaucoup plus facilement. Quand j’ai commencé à lire le scénario, j’ai été immédiatement saisi par l’histoire. À partir de la moitié du texte, je n’arrêtais pas de pleurer. C’était presque incontrôlable. L’histoire est évidemment très dure ; mais ce qui m’a frappé avant tout, c’est la dignité des deux parents. Souvent, quand on raconte des histoires de pauvreté ou de difficultés sociales, on tombe facilement dans une forme de misérabilisme. On montre des personnages écrasés par leur condition, réduits à leur souffrance. Ici, ce n’est pas le cas. Le père est un ancien boxeur, un homme qui peut sembler dur, parfois brutal. Mais il n’est jamais violent avec sa femme. Et la mère, malgré la situation tragique qu’elle traverse, reste digne, droite, presque lumineuse. Ce qui m’a profondément touché, c’est cette lutte silencieuse des deux parents pour sauver leur enfant. Ils continuent à essayer, encore et encore, même lorsqu’ils savent que la situation est presque désespérée. Ils s’accrochent à une seule chose : l’amour.
Comment définiriez-vous Kamel, votre personnage ?
C’est un homme extrêmement fragile, même s’il ne le montre pas toujours. En réalité, sans son épouse, il serait complètement perdu. Elle est sa boussole. Dans son passé, il a traversé des périodes très sombres. Il est parti en Italie, où il est tombé dans la drogue et des situations difficiles. Quand il est revenu au pays, c’est elle qui l’a soutenu, l’a aidé à se reconstruire. On trouve donc chez lui une forme de gratitude très forte envers elle. Elle est la seule personne qui le voit réellement tel qu’il est. Dans la société, chacun se fabrique une image de nous : un rôle, un masque. Mais elle voit au-delà de cela. Elle voit son âme.
Vous avez vous-même pratiqué la boxe. Cela vous a-t-il aidé à comprendre le personnage ?
Oui, d’une certaine manière. Mais j’ai compris avec le temps quelque chose d’assez paradoxal : pour être un grand boxeur, il faut souvent être quelqu’un qui n’a rien à perdre. Beaucoup de boxeurs viennent de milieux extrêmement difficiles, parfois très violents. Leur vie elle-même est un combat permanent. Moi, ce n’était pas vraiment mon cas. J’avais la chance d’avoir mes études, d’autres horizons possibles. C’est peut-être aussi pour cela que je n’ai jamais poussé la boxe très loin. Mais elle reste un sport profondément lié à des trajectoires humaines dures, des existences marquées par la violence sociale. Et cette dimension nourrit évidemment le personnage.

- Kame et Samia - Helmi Dridi et Afef Ben Mahmoud
- © GAWL
Dans le film, il y a une scène où votre personnage provoque une bagarre dans la rue. Comment l’interprétez-vous ?
Pour moi, cette scène est avant tout l’expression d’une immense impuissance. Il se trouve dans une situation où il ne peut rien faire pour sauver son enfant. Il est face à quelque chose qui le dépasse complètement. Et cette impuissance se transforme en violence. Sa femme, elle, exprime sa douleur différemment : elle pleure, prie, se tourne vers une forme de spiritualité. Lui, la société lui a appris autre chose : quand un homme souffre, il frappe. Il aurait pu frapper un mur, casser quelque chose… mais il frappe un inconnu dans la rue. C’est une violence absurde, presque gratuite. Une forme d’autodestruction.
Parlons du couple. Comment décririez-vous leur relation ?
Leur relation est très riche. Il y a évidemment de l’amour, mais aussi de la reconnaissance, de la complicité, et même une forme d’habitude, ce que nous appelons en tunisien la hachra. Mais ce qui est le plus important, c’est qu’elle est la seule personne qui le connaît vraiment. Dans la société, chacun projette sur nous une certaine image. Mais elle voit au-delà de ces images. Elle voit la vérité de son être. C’est pour cela qu’elle est sa boussole.
Et sa relation avec son fils ?
Elle est plus compliquée. Il aime profondément son fils, mais ne sait pas toujours comment exprimer cet amour. C’est quelque chose que l’on retrouve dans beaucoup de cultures, notamment dans les sociétés du Sud : les pères ont du mal à exprimer leur affection, surtout envers leurs fils. Ils peuvent les aimer intensément, mais sans jamais leur dire « Je t’aime ». L’amour existe, mais il reste souvent silencieux.
Il y a une scène où votre personnage gifle son fils. Comment avez-vous vécu ce moment en tant qu’acteur ?
C’était extrêmement difficile. Même si au cinéma il existe des techniques pour simuler une gifle, le simple fait de poser la main sur la joue d’un enfant avec cette intention reste très violent. J’ai vu ce genre de choses dans la vie réelle, et cela me révolte profondément. Jouer cette scène m’a touché bien au-delà du simple travail d’acteur. Ce moment a été très éprouvant émotionnellement.
Propos recueillis par Nadia Meflah
Galerie photos
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