Le 31 mai 2026
- Collection : Encrages
- Genre : Roman graphique, Société, Enquête
- Editeur : Delcourt
- Famille : Roman graphique
- Date de sortie : 23 avril 2026
Un récit de féminicide, pour mettre un nom sur un cas, et comprendre.
Résumé : Lors d’un collage dénonçant les féminicides, Alice se rend compte qu’elle a besoin de connaître l’histoire d’une jeune fille de sa commune, tuée par son petit ami, nommée Salomé. Commence alors un récit entre enquête personnelle et étude sociologique...
Critique : Toutes les œuvres n’ont pas vocation à changer les mentalités, à dénoncer, à faire apparaître au grand jour des injustices ou raconter la société pour espérer la faire évoluer. Salomé en fait cependant partie, d’une manière pourtant pure, dans cette élégance qui a fondé le roman graphique comme genre à part entière. Cette autofiction met en scène l’autrice, elle-même profondément choquée par un féminicide, un parmi une longue série qui n’en finit plus et semble désormais s’accélérer. Le récit raconte par bribes le destin de Salomé, une vie trop courte et qui ressemble à d’autres : avec cette joie de l’émancipation, du premier amour, et les relents toxiques que l’on ne sent pas au début, les amies qui préviennent, les parents qui s’inquiètent, les voisins qui se bouchent les oreilles, les gendarmes qui regardent ailleurs... Mais la grande force d’Alice Bienassis, et elle le reconnaît elle-même, cela ressemble davantage à une malédiction, c’est de vouloir aller jusqu’au procès, jusqu’au dénouement proposé par la justice d’un pays qui préfère encore n’y voir qu’une passion déchaînée plutôt qu’une haine de la femme libre. Heureusement pour la famille de Salomé, pour Alice et pour les lecteur-rices, ce dénouement sera plutôt équitable, pourra servir de conclusion, même si la peine, la douleur et malheureusement la violence ne cesseront pas pour autant.
© Delcourt / Bienassis
Avec son ton sépia, l’album peut faire ressentir une vague sensation de nostalgie, de regret, voire d’amertume, ce que les premières pages semblent bien vouloir retranscrire. Mêlant présent et passé, deux arcs narratifs entremêlés viennent se rencontrer, et certaines pages, où la blancheur des dialogues était étincelante, laissent place à des décors plus sombres, des conversations dans l’ombre, et finalement, on comprend que ce rouge d’écorce et de rouille s’apparente presque à du sang qui aurait séché, témoignage ancien d’une lutte, d’un combat, ou plutôt non, d’un meurtre. Car la vérité est sans appel : Salomé n’avait rien fait pour mériter un tel sort, elle n’avait pas besoin de justification pour quitter son petit ami, elle aurait dû être protégée par la société et non jetée en pâture comme un simple pourcentage des statistiques qui continuent d’accabler ces conjoints qui ne vivent que pour dominer l’autre.
© Delcourt / Bienassis
Album qui porte un regard entre fiction et enquête, entre drame et justice, Salomé est essentiellement là pour le verdict qui tombe dans son épilogue : les femmes sont des victimes d’une société qui protège leurs agresseurs, pour l’unique raison qu’elles les connaissent.
232 pages – 25,95 €
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Galerie photos
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