Le 18 avril 2026
- Scénariste : José-Louis Bocquet>
- Dessinateur : Javi Rey
- Genre : Adaptation, Amour, Apprentissage, Ségrégation, Panama
- Editeur : Dargaud
- Famille : Roman graphique
- Date de sortie : 6 février 2026
Bloqués à Panama après la faillite de l’employeur de l’époux, deux jeunes mariés en provenance de France voient leur rêve d’ascension sociale se fissurer. Une adaptation dépouillé et mélancolique d’un des roman de Simenon.
Résumé : Germaine et Joseph, jeunes mariés d’Amiens, embarquent pour l’Équateur où un poste prometteur attend Joseph. Elle vient d’un milieu aisé, lui d’un milieu modeste, mais tous deux voient dans ce départ l’occasion de bâtir une vie confortable avant de revenir en France. La traversée ressemble à un voyage de noces, jusqu’à l’escale à Panama : Joseph y apprend que son employeur a fait faillite. Le couple se retrouve bloqué, sans ressources, contraint de chercher du travail sur place. Dans cette ville inconnue, marquée par des hiérarchies sociales et raciales qui leur échappent, Germaine et Joseph doivent s’adapter et, ce faisant, se découvrent eux-mêmes autant qu’ils découvrent ce nouveau monde.

- Barrio Negro – p.5
- Tous droits de reproduction réservés ©Dargaud, 2026, Rey, Bocquet.
Barrio negro s’inscrit dans la collection Simenon, Les romans durs. Cinquième tome de la série initiée en 2023, il réunit José-Louis Bocquet au scénario et Javi Rey au dessin. Rey a choisi lui-même le roman qu’il souhaitait adapter, et avec Bocquet, ils signent une relecture qui ouvre de nouvelles pistes tout en laissant au lecteur la liberté de se laisser interpeller par le récit.
À sa parution en 1935, le livre s’intitulait Quartier nègre. Rey l’a découvert dans sa jeunesse dans une traduction espagnole, Barrio Negro, et avec Bocquet, ils ont conservé ce titre, plus doux, pour la bande dessinée.

- Barrio Negro – p.6
- Tous droits de reproduction réservés ©Dargaud, 2026, Rey, Bocquet.
Simenon avait écrit ce roman après un séjour, dans les années 1930 à Panama, territoire alors structuré par des hiérarchies raciales strictes : Européens et Américains d’un côté, communautés africaines et antillaises de l’autre. Entre elles, peu d’échanges, ou des échanges biaisés. La bande dessinée restitue avec précision ces inégalités et les préjugés qui les accompagnent. Elle capte aussi l’atmosphère des villes portuaires, ces lieux d’escale où passent des vies en transit. Et elle montre la sociabilité spécifique du réseau des Français installés sur place, ceux que l’on nommerait expatriés aujourd’hui. Entre les anciens et les nouveaux, les fortunées et ceux qui le sont moins, l’entraide apparaît comme évidente sans être gratuite et où la reconnaissance se paie en estime et en honneur.
L’ambiance générale de la bande dessinée est plus douce que celle du roman de Simenon. Une mélancolie diffuse traverse les planches de Rey et le récit. Les couleurs sont chaudes mais comme atténuées par un voile. Le temps qui passe se perçoit dans la physionomie des personnages, en particulier dans l’évolution physique de Joseph Dupuche. Rey sait saisir un regard, une posture, pour dire ce qui se joue à l’intérieur.
Dans cette bande dessinée, la vie passe, avec ses difficultés, les échecs, mais aussi les acceptations, les désirs et les élans de vie Joseph, venu ici pour occuper un poste important dans une société minière, se retrouve à gérer une cabane à saucisses, puis à devenir grutier. Germaine devient l’assistante de la femme de l’hôtelier qui les a logés lorsqu’ils se sont retrouvés sans le sou. Ce poste lui donne un salaire stable mais contraint aussi le couple à ne plus vivre ensemble, par décence.

- Barrio Negro – p.12
- Tous droits de reproduction réservés ©Dargaud, 2026, Rey, Bocquet.
L’histoire est donc d’abord celle de ce couple. Germaine affronte le manque d’argent en travaillant, même en dessous de sa condition sociale, pour préserver une forme de dignité. Joseph, logé dans le quartier noir et populaire, noue des relations mal perçues là où travaille sa femme. La distance fragilise leur union. Il y a quelque chose de triste, une petite mort qui couve. Germaine ne boit pas ; Joseph découvre la chicha, ces verres partagés qui créent des liens, mais ouvrent aussi la voie à la dépendance. Vivotant de petits gains, il s’éloigne du niveau de vie qu’il partageait avec elle. C’est pourtant dans le dénuement que Joseph goûte à une liberté nouvelle, à un désir de simplicité, et qu’il prend conscience de l’illusion de l’ascension sociale.
Et puis il y a Véronique, cette jeune femme noire qui fait l’amour avec des hommes pour gagner sa vie. Elle choisit ce métier où le sexe peut parfois être réparateur, mais où l’amour n’a pas sa place — et pourtant, de Joseph, elle s’entiche. Liaison frivole, aux allures sulfureuses entre une femme noire et un homme blanc qui s’installe près d’elle plutôt que de l’emmener du côté de la soi-disant « bonne-société ». Relation simple qui devient une relation d’amour. Joseph, qui aime, a aimé, va réapprendre à aimer. Il rencontre cette femme qu’il n’aurait jamais dû croiser, avec laquelle il n’aurait jamais dû tisser de liens, et pourtant… Avec elle, il s’affranchit des mœurs sociales qui assignent chacun à un rang parfois étranger à soi. Germaine, femme trompée, demeure encore une fois une femme digne, même s’il a le cœur brisé, elle ne cultive pas de rancœur : elle accepte, elle sait que personne n’appartient à personne.

- Barrio Negro – Détail
- Tous droits de reproduction réservés ©Dargaud, 2026, Rey, Bocquet.
Cette belle adaptation du roman de Simenon vient nous questionner sur notre propre liberté, celle de parvenir à trouver notre chemin au-delà de ce qu’il est socialement attendu de nous, mais aussi sur l’amour et semble nous demander ce qu’est une vie réussie.
Une adaptation profondément humaine.
96 pages – 22,95 €
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