Le 29 mars 2026
- Scénariste : Frantz Duchazeau>
- Dessinateur : Frantz Duchazeau
- Genre : Récit de vie, Art, Marginalité, Travestissement, Art brut, Bourges (ville), Dessin
- Editeur : Sarbacane
- Famille : Roman graphique
- Date de sortie : 4 mars 2026
Beauté, brutalité, frugalité : Bascoulard, une vie et une création en marge.
Résumé : « Dessinateur virtuose, clochard magnifique, femme inventée » - Patrick Martinat. Il y a des artistes qui dérangent parce qu’ils n’ont aucun trait de génie apparent dans leur allure. Bascoulard fait partie de ceux-là. Il vit chichement, préférant la richesse de la pensée à celle, plus sonnante et trébuchante, de la fortune. Il vit pour apprendre, créer et dessiner. Il erre avec sa carriole dans la ville de Bourges en pleine modernisation. Il répand ses puces autour de lui, fait semblant de ne pas entendre le maire qui l’admoneste avec méchanceté, vit de dessins de commande, de portraits, de paysages. Il a la passion des locomotives et une tristesse dans le regard. Il se pare parfois de tenues féminines et cultive des amitiés sincères avec plusieurs commerçants de la ville. Cette même ville qui décide de lui consacrer une exposition. Une consécration pour un homme sans gloire, et pour qui la vie devient encore plus incertaine.
Critique : Frantz Duchazeau poursuit depuis plusieurs albums une exploration des figures créatrices. Après Mozart ou Les derniers jours de Robert Johnson, il choisit ici Marcel Bascoulard (1913-1978), un artiste marginal, ou plutôt un artiste à la marge. Un artisan du dessin, un regardeur affûté que certains critiques classent aujourd’hui parmi les figures de l’art brut. Avec Bascoulard, Duchazeau ne cherche pas la légende, mais le vécu ; il ne cherche pas à éclairer, mais à approcher un homme qui comme a été dessinateur.
Au cœur du livre, il y a donc Marcel Bascoulard, une silhouette chétive et renfrognée qui sillonne Bourges avec sa brouette tricycle. Un artiste qui vit pauvrement, mais pense en abondance. Frantz Duchazeau restitue avec habilité ce double positionnement : Bascoulard n’est ni anti-social, ni marginal par provocation, il est simplement en bordure, à la lisière des choses, de la ville, de la société.

- Bascoulard – vue
- Tous droits de reproduction réservés ©Sarbacane, 2026, Frantz Duchazeau.
La relation qu’il entretient avec la ville - ou plutôt que la ville entretient avec lui - semble se jouer dans une autre forme de dualité. Bourges l’accueille et le rejette tout à la fois. La Maison de la Culture expose une fois ses œuvres, et dans le même temps, le maire l’accable de remontrances. Parmi les habitants qu’il croise tout au long de ses jours, une fois un autre double mouvement dans les attitudes entre malaise et reconnaissance. Quelques commerçants — couturière, photographe, boucher — lui accordent une attention sincère et simple qui semble même être pour certain une amitié d’estime.
La relation de Bascoulard avec l’art et elle-même oscillante entre deux pôles très différents : d’un côté les paysages de Bourges d’un réalisme méticuleux, presque obsessionnel et de l’autre des compositions abstraites nourries de ses lectures multilingues et de son imaginaire. À cela, s’ajoutent les photographies où il se met en scène en vêtements féminins, images troublantes et pourtant d’une grande douceur. Frantz Duchazeau parvient habilement à évoquer ce créateur multiple sans chercher pour autant à retrouver de la cohérence dans son œuvre.

- Bascoulard – p.9
- Tous droits de reproduction réservés ©Sarbacane, 2026, Frantz Duchazeau.
Frantz Duchazeau adopte un dessin qui, par moments, semble emprunter la main même de Bascoulard, comme pour mieux l’approcher sans le dénaturer. Il y a entre eux une proximité du geste et du tracé, l’habilite du crayon. Les dessins de cet album sont en noir et blanc. Le trait est précis et expressif sans être démonstratif. La narration est posée, presque contemplative : elle permet d’entrer dans le quotidien de Bascoulard, sans jamais chercher à l’interpréter.
Comme l’auteur l’écrit en avant-propos : « Ceci n’est pas une biographie ». C’est davantage le regard d’un dessinateur d’aujourd’hui posé sur un dessinateur du siècle précédent. Peut-être un geste d’admiration ou d’affinité ? Avec cet album, Frantz Duchazeau éclaire à sa manière et avec sa sensibilité le parcours d’un homme dont l’œuvre a connu une postérité grandissante après sa mort. Frantz Duchazeau ne raconte pas une vie : il en saisit le mystère tout en le respectant. Et il nous invite à découvrir à notre tour l’œuvre de Marcel Bascoulard et l’homme qu’il a peut-être été.
168 pages – 25 €
La chronique vous a plu ? Achetez l'œuvre chez nos partenaires !
Galerie photos
aVoir-aLire.com, dont le contenu est produit bénévolement par une association culturelle à but non lucratif, respecte les droits d’auteur et s’est toujours engagé à être rigoureux sur ce point, dans le respect du travail des artistes que nous cherchons à valoriser. Les photos sont utilisées à des fins illustratives et non dans un but d’exploitation commerciale. Après plusieurs décennies d’existence, des dizaines de milliers d’articles, et une évolution de notre équipe de rédacteurs, mais aussi des droits sur certains clichés repris sur notre plateforme, nous comptons sur la bienveillance et vigilance de chaque lecteur - anonyme, distributeur, attaché de presse, artiste, photographe. Ayez la gentillesse de contacter Frédéric Michel, rédacteur en chef, si certaines photographies ne sont pas ou ne sont plus utilisables, si les crédits doivent être modifiés ou ajoutés. Nous nous engageons à retirer toutes photos litigieuses. Merci pour votre compréhension.












































