Le 15 avril 2026
- Scénariste : Rodolphe>
- Dessinateur : Louis Alloing
- Genre : Adaptation, Polar, Histoire, Seconde Guerre mondiale
- Editeur : Pictavita
- Famille : Roman graphique
- Date de sortie : 25 mars 2026
Berlin, 1945 : une traque croisée révèle la noirceur et les compromissions de ceux pris dans les rouages d’un régime nazi à bout de souffle. Une adaptation en bande dessinée d’un best seller allemand d’une efficacité implacable !
Résumé : D’un côté, Hans-Wilhelm Kalterer, un nazi blessé au front et ne voulant pas y retourner, tente de revenir dans la police criminelle. De l’autre, Ruprecht Haas, un Allemand qui avait adhéré au nazisme avant de s’en détourner avant-guerre. Dénoncé, il est fait prisonnier à Buchenwald. Parvenant à s’échapper de ce camp de la mort, il retourne lui aussi à Berlin. Le premier est chargé d’une enquête, l’assassinat d’un haut commanditaire nazi ; le second souhaite se venger de sa déportation et de la mort de sa femme et de son fils. Tous deux se lancent dans une chasse à l’homme sanglante dans une Allemagne en débâcle, où les raids ennemis rythment le quotidien de Berlinois obligés de se réfugier trop souvent dans les abris, et où l’administration nazie, refusant de croire à la défaite, cherche encore à sauver les apparences. Un thriller cinglant qui scrute le comportement humain dans cette période si trouble et sombre de l’histoire allemande.

- Deux dans Berlin – p.3
- Tous droits de reproduction réservés ©Pictavita, 2026, Alloing, Rodolphe.
Critique : Cet album est une adaptation en bande dessinée signée Rodolphe et Louis Alloing, du roman allemand de Richard Birkefeld et Göran Hachmeister, Wer übrig bleibt, hat Recht (« Celui qui reste a raison »), paru en 2002 en Allemagne et traduit et publié en 2012 en France aux éditions Le Masque. Si Deux dans Berlin est un récit sombre, un polar noir et politique, c’est aussi une réflexion sur la manière dont la guerre déforme les individus et les systèmes sans céder à la simplification morale. Nous sommes plongés au cœur de l’appareil nazi, au moment de sa défaite, dans une ville de Berlin en ruine et en sang.
Louis Alloing dessine en noir et blanc, un choix qui renforce la dureté du propos. Les visages, secs et anguleux, semblent parfois manquer de nuances, mais cette uniformité contribue paradoxalement à brouiller les frontières entre victimes, bourreaux et survivants. La violence est omniprésente, mais pas toujours spectaculaire : elle apparaît dans les bombardements, les meurtres, mais aussi dans les regards et dans les corps épuisés. La mort, elle aussi, est partout : elle décime des familles, des couples, des amitiés. Elle s’expose dans les rues où gisent les cadavres pendus de ceux que les autorités désignent comme lâches. Elle transforme enfin ceux qui survivent.
Le roman adapté est l’œuvre de deux historiens allemands, et cela se ressent : la précision documentaire est évidente et la situation est montrée dans sa complexité. Rodolphe et Alloing ne se contentent pas de transposer une intrigue : ils en restituent également la profondeur historique. Leur album tire une grande partie de sa force de cette exigence, qui se traduit dans un scénario bien mené et justement contextualisé, ainsi que dans les dessins basés sur une documentation certaine permettant de reconstituer avec vraisemblance l’état de la capitale allemande proche de sa défaite.

- Deux dans Berlin – p.14
- Tous droits de reproduction réservés ©Pictavita, 2026, Alloing, Rodolphe.
C’est une histoire d’hommes, mais les femmes y occupent une place significative : résistantes, soumises, corrompues, elles incarnent différentes manières de survivre dans un Berlin dévasté. La peur agit comme un révélateur moral : elle pousse certains à la fuite, d’autres au silence, d’autres encore à la haine. Dans le régime nazi, la salutation « Heil Hitler » est un principe, que l’on ait ou non des convictions nazies, et dans la situation d’effondrement où se trouve l’Allemagne, cette manière de se saluer prend un aspect dérisoire. Cet exemple, comme les fêtes auxquelles se livrent les membres du parti, témoigne que même au bord de son effondrement, l’administration hitlérienne continue de se manifester par des rituels devenus absurdes et grotesques au regard de la situation.
La bande dessinée montre aussi ceux qui résistent, mais sans héroïsation, comme le personnage de Karin qui apporte de l’aide à Ruprecht Haas. La résistance apparaît comme un geste fragile, souvent ambigu, toujours risqué. L’album témoigne enfin d’une suspicion généralisée entre Allemands, d’une forme de guerre civile qui ne dit pas son nom. Ce ne sont pas seulement les ennemis du peuple, les Juifs ou les étrangers que l’on recherche, mais également les lâches. Mais qu’est-ce qu’un lâche en ces temps de guerre ?
Rodolphe construit, à partir du roman, un scénario ambitieux. L’intrigue policière, parfois complexe, sert de fil conducteur à une exploration des comportements humains en temps de crise. Le lecteur ou la lectrice finit par perdre les repères traditionnels du bien et du mal, ce qui est précisément l’un des enjeux du récit : montrer comment la guerre brouille les catégories morales et force chacun à redéfinir sa propre humanité.

- Deux dans Berlin – p.147
- Tous droits de reproduction réservés ©Pictavita, 2026, Alloing, Rodolphe.
Le choix narratif de chapitres en ordre décroissant crée un rythme particulier : chaque séquence est brève, tendue, comme un compte à rebours vers une fin inévitable. Les numéros des chapitres sont dessinés en noir ou en rouge selon le narrateur que l’on suit dans la séquence. Tout tourne autour de Ruprecht Haas et de Hans-Wilhelm Kalterer. Ces deux couleurs se déclinent aussi dans le roman, imprimé en bichromie. Cette construction renforce l’impression d’urgence, mais aussi de désorientation : le temps semble se contracter, se dilater, se perdre. L’absence de repères temporels précis participe de cette sensation d’étouffement.
Cette bande dessinée réussit à faire ressentir la déchéance du régime nazi tout en construisant un polar noir où la violence n’est jamais gratuite. Elle montre comment la guerre transforme les individus, comment elle révèle leurs failles, leurs lâchetés, leurs sursauts d’humanité. Le récit interroge la responsabilité individuelle dans un système totalitaire, sans jamais proposer de réponse simple.
« Celui qui reste a raison » ? La formule, provocatrice, résonne différemment une fois l’album refermé.
208 pages – 28 €
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Galerie photos
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