Le 15 juin 2026
- Scénariste : Aleksi Cavaillez>
- Dessinateur : Aleksi Cavaillez
- Genre : Amitié, Enfance, Handicap, Surdité
- Editeur : Dargaud
- Famille : Roman graphique
- Date de sortie : 7 mai 2026
Victor, enfant devenu sourd, nous rappelle que son monde est aussi le nôtre : une exploration sensible et poétique de la surdité.
Résumé : L’histoire se situe à Paris ; aux détails du décor, nous devinons que nous sommes aux alentours des années 1980. Elle nous invite à nous plonger dans l’univers de Victor devenu sourd dans sa petite enfance. C’est un garçon comme tous les autres, ou presque, puisque c’est un accidenté de la vie. Il doit alors tout réapprendre, et en premier lieu la communication, mais il évolue dans une société qui n’est pas pensée pour lui.
Critique : Ce bel album débute par un prologue dont nous comprenons pleinement le sens à la fin de l’histoire. Nous entrons dans ce récit par une scène qui se joue entre les colonnes de Buren, dans les jardins du Palais Royal : un enfant écoute une femme qui chante, accompagnée par une autre au violon. Il écoute, mais il n’entend pas, il ne peut entendre. Pourtant, à cet instant précis, il comprend.
« Et pour une fois, il oublia tout.
Tout ce qui lui était arrivé,
Tout ce qu’il avait vécu,
Toutes ses peurs et ce nouveau monde
Qu’il cherchait à fuir.
Il n’avait jamais rien demandé
À part de pouvoir jouer, rire et courir.
L’enfant s’était promis de ne pas l’oublier.
Car il avait compris qu’entendre ne voulait plus rien dire. » [Extrait du prologue de L’écoute, d’Aleksi Cavaillez, Dargaud, 2026]

- L’écoute – Aleksi Cavaillez – Extrait 1
- Tous droits de reproduction réservés ©Dargaud, 2026, Aleksi Cavaillez
Nous revenons ensuite un an plus tôt… Une jeune femme, Maïté, s’apprête à rencontrer la mère de Victor. Elle va travailler pour elle, garder ses deux enfants en échange d’un logement. Victor, qui ne veut pas sortir de sa chambre lors de ce premier rendez vous, entend sa mère expliquer à Maïté qu’il est… mais il ne sait pas exactement ce qu’elle dit. Cette jeune femme est une étudiante sachant parler plusieurs langues. Elle revient à Paris pour terminer sa thèse en linguistique. Elle apprend rapidement qu’un de ses amis, Pierre, est décédé. Après plusieurs semaines, elle retrouve Giovanna, qui était alors la petite amie de ce garçon. Ensemble, elles renouent le lien et apprennent à vivre avec l’absence de Pierre. C’est avec la musique, par la voix, que leur lien et leur deuil se transforment en un pari musical.
Le récit suit ces différents personnages qui, d’une manière ou d’une autre, entretiennent avec les sons une relation singulière, que ce soit par les langues, le chant ou la perte d’audition. Il nous fait comprendre combien les sons sont l’une de nos façons d’entrer en relation avec le monde. Victor, personnage principal de l’ouvrage, est privé de son… Il n’entend plus rien, ou presque plus rien, et pourtant il éprouve un désir profond de communiquer, d’évoluer grâce à ceux qui l’entourent. Ce livre est bâti sur la relation que construit cet enfant avec le reste du monde… comment, sans plus entendre, il parvient à s’intégrer à l’école, chez lui, sans toujours y réussir. Nous voyons au fil des pages comment se tisse une relation de confiance et d’amitié entre Victor et Maïté, où la parole, le dialogue, semblent déborder les mots.

- L’écoute – Aleksi Cavaillez – Extrait 2
- Tous droits de reproduction réservés ©Dargaud, 2026, Aleksi Cavaillez
Aleksi Cavaillez signe avec L’écoute sa première bande dessinée en tant qu’auteur complet. Cet ouvrage est d’une très belle délicatesse, tant dans la manière d’aborder le sujet que par un dessin à la fois alerte et précis en noir et blanc. Le noir et le blanc, encrés à l’encre de Chine sont aussi contrastée que peuvent l’être les silences et les sons. La narration graphique s’appuie sur un dessin qui reflète les élans, les emportements, les émotions fortes, de la joie à la colère. Le trait du dessinateur sait être à la fois ample et aérien, et tout à fait précis. Des planches très réalistes et minutieuses dans les moindres détails, en particulier des paysages urbains — en l’occurrence parisiens — côtoient quelques planches beaucoup plus chimériques. Ces dernières font irruption et nous plongent dans la tête du petit Victor. La place des dialogues est dans ce livre très importante : nous pouvons être déstabilisés, mais ne pas entendre ne signifie pas ne pas pouvoir communiquer, seulement communiquer autrement. Sans avoir besoin de l’expliciter, l’auteur parvient à nous faire comprendre cette réalité. Une réalité sans son, mais avec peut être davantage d’images, de mouvements et de gestes, qui nourrissent alors un imaginaire particulier.

- L’écoute – Aleksi Cavaillez – Extrait 3
- Tous droits de reproduction réservés ©Dargaud, 2026, Aleksi Cavaillez
L’auteur soigne également la personnalité de ses personnages secondaires. La mère de Victor est un personnage pétri de culpabilité mais combatif, et l’auteur évoque à travers elle le parcours des parents qui font face à l’irruption d’un handicap qui atteint leur enfant. Le personnage de Giovanna, l’amie de Maïté, est aussi intéressant. Sa séropositivité semble presque un élément narratif superflu, car le sujet est assez peu développé ensuite, mais peut être était ce pour Aleksi Cavaillez une manière de ne pas taire une autre réalité de ce Paris de la fin des années 1980, celle de la propagation du Sida.
Nonobstant ce dernier point, L’écoute est un très bel album, un récit sensible et poétique qui peut être l’occasion pour le lecteur de questionner la place du son et de la musique dans son propre rapport au monde.
« Dans les rue de Paris
Si triste sous la pluie
Elle chante où es-tu ? Où es-tu ?
M’entends-tu ? M’entends-tu ?
Me vois tu ? Me vois-tu ?
C’est le néant qui est venu. » [Extrait de la séquence finale de L’écoute, d’Aleksi Cavaillez, Dargaud, 2026]
160 pages – 23,5 €
La chronique vous a plu ? Achetez l'œuvre chez nos partenaires !
Galerie photos
aVoir-aLire.com, dont le contenu est produit bénévolement par une association culturelle à but non lucratif, respecte les droits d’auteur et s’est toujours engagé à être rigoureux sur ce point, dans le respect du travail des artistes que nous cherchons à valoriser. Les photos sont utilisées à des fins illustratives et non dans un but d’exploitation commerciale. Après plusieurs décennies d’existence, des dizaines de milliers d’articles, et une évolution de notre équipe de rédacteurs, mais aussi des droits sur certains clichés repris sur notre plateforme, nous comptons sur la bienveillance et vigilance de chaque lecteur - anonyme, distributeur, attaché de presse, artiste, photographe. Ayez la gentillesse de contacter Frédéric Michel, rédacteur en chef, si certaines photographies ne sont pas ou ne sont plus utilisables, si les crédits doivent être modifiés ou ajoutés. Nous nous engageons à retirer toutes photos litigieuses. Merci pour votre compréhension.













































