Le 5 juillet 2026
- Scénariste : Eric Stoffel>
- Dessinateur : David Ratte
- Coloristes : David Ratte, Atomix
- Genre : Adaptation
- Editeur : Grand Angle
- Date de sortie : 1er juillet 2026
Eric Stoffel écrit cette nouvelle adaptation de l’histoire de Marcel Pagnol, elle-même tirée d’un romand d’Emile Zola. David Ratte dessine ces personnages et le sud ensoleillé. Avec Atomix, ils réalisent la mise en couleurs de cette BD. C’est l’occasion de retrouver un classique de Pagnol.
Résumé : Le récit débute à la tuilerie Saint-Henri, à Marseille. Toine le bossu travaille, l’ingénieur de l’usine le convoque, il refuse d’y aller. À la pause du midi, les deux hommes se croisent. L’ingénieur rappelle à Toine qu’ils ont grandi sur les bancs de la même école, qu’ils sont amis et il lui annonce ses fiançailles... avec la fille du patron. Toine est étonné. L’ingénieur le rassure, il n’avait aucune vue sur Naïs, la petite ouvrière qui fait battre le cœur du bossu. Toine rougit...
Critique : L’histoire de Naïs passe de main en main : roman d’Emile Zola, film de Marcel Pagnol, et finalement BD d’Eric Stoffel et David Ratte. Si Marcel Pagnol a pris des libertés dans l’adaptation, Eric Stoffel, comme il le fait pour les autres albums de cette collection, reste fidèle à l’histoire de Marcel Pagnol. Nous retrouvons donc Toine, le bossu, amoureux d’une belle jeune femme, Naïs, qui tombe amoureuse d’un autre, Frédéric. Et Toine, par bonté d’amour, conscient qu’il n’aura rien à gagner à cela, à part savoir Naïs heureuse, aide la jeune femme même si cela va à l’encontre de son bonheur.
La BD dépeint des personnages entiers, Toine dans son amour éperdu, Naïs, qui sait que Frédéric ne l’aime que de manière passagère et s’abandonne complètement à un amour apparemment sans espoir, le père de Naïs, obsédé par garder sa fille près de lui, qui chasse tous les soupirants et Frédéric, le jeune homme volage qui pense profiter simplement d’un amour d’été sans avoir conscience des risques qu’il prend. Ce quatuor forme le nœud dramatique de ce récit et l’on suit ces personnages qui marchent vers une destinée qui semble tragique au premier abord. Mais Marcel Pagnol désamorce la noirceur potentielle de ce récit pour en faire une romance où le danger règne, mais où le malheur ne l’emportera pas.
À travers cette BD, c’est aussi le constat d’un combat de classe sociale qui sous-tend le récit. Frédéric, bourgeois, veut juste batifoler avec Naïs, la jeune ouvrière. Il fait partie d’un autre monde, celui de ses parents, celui de l’ingénieur ami de Toine, qu’on ne verra qu’au début du récit. Mais si ce monde a ses codes et ses contraintes, il est moins dur que le père de Naïs, prêt au meurtre pour conserver sa fille. Un raisonnement que Frédéric ne peut ni comprendre, ni envisager tellement ses idées sont éloignées de sa vision du monde, où l’argent règle tous les problèmes. D’ailleurs, Frédéric est le seul qu’on ne voit jamais travailler (tout comme son père), alors que Toine et Naïs sont toujours à l’ouvrage.
Mais malgré cette opposition de classe, on trouve de bonnes âmes dans les deux mondes, Toine, d’abord, le bossu amoureux et la mère de Frédéric. Marcel Pagnol nous montre que les personnes généreuses le sont indépendamment de leur classe sociale. Le père de Naïs est le seul à n’avoir aucune limite, à se moquer de la morale et à être prêt à tout pour défendre son bien, sa fille. Comment pouvoir arrêter cet homme, comment empêcher l’inévitable ? C’est tout l’enjeu de ce récit.
© Eric Stoffel, David Ratte / Grand Angle
David Ratte dessine tout ce petit monde, les personnages dans un style semi-réaliste et les décors et habitations des uns et des autres, cadre austère, bourgeois ou paysan. Il dépeint aussi les paysages du sud ensoleillé qui ont marqué les œuvres de Marcel Pagnol. Ces sentiers bordés d’arbres, ce ciel bleu éclatant, cette mer vivante, ces chemins de terre, ces montagnes abruptes. Tout cela défile naturellement sous nos yeux et on se retrouve immergé dans cette douce ambiance où se joue un drame lourd.
David Ratte et Atomix posent des couleurs par aplats et opposent des bleus nuit, teintés de la couleur des murs à un bleu du ciel éclatant, à la couleur brune des terres et au vert des forêts. La composition des planches, variées, posent des cases de taille réduite qui s’enchaînent pour les dialogues et propose des cases verticales, horizontales, où le silence et les regards en disent bien plus long que tous les mots.
Naïs est une adaptation fidèle de l’œuvre de Marcel Pagnol, qui nous ramène dans le sud, au cœur d’un carré d’oppositions amoureuses, changeant de l’habituel triangle.
72 pages – 16,90 €
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