Le 27 janvier 2026
- Réalisateur : Martin Jauvat
- Distributeur : Le Pacte
- Festival : Festival du film de Sarlat 2025
– Sortie en salles : 28 janvier 2026
Nous avons échangé avec le jeune réalisateur lors du dernier Festival de Sarlat.
Remarqué à l’ACID avec son premier film Grand Paris, Martin Jauvat a eu les honneurs d’une sélection à la Semaine de la Critique avec sa nouvelle comédie romantique, à la fois légère, profonde et sensible. Nous avons échangé avec ce jeune cinéaste à l’univers très singulier lors du Festival de Sarlat.
Votre film aborde de nombreuses thématiques : la relation aux autres, à soi-même, aux parents, la précarité de la jeunesse, la vie en banlieue et aussi l’affranchissement. Quel était le vrai point de départ de cette histoire ?
Le point de départ de ce film c’est d’abord le baise-en-ville. Je voulais faire un film avec ce titre précis. Ce mot est tellement fou. C’est tout un pan de la culture populaire française qui m’était inconnu. Il y a tout dans ce titre : la baise, la ville, les relations modernes, l’éloignement de la périphérie. Je sentais qu’il y avait matière à faire une comédie romantique originale mais je n’arrivais pas à trouver le fil qui me permettrait de raconter une histoire solide. J’ai donc décidé de m’inspirer de ma vie personnelle à une époque où je galérais à passer le permis de conduire, où je suis retourné vivre chez mes parents et où je faisais de l’intérim. Toutes ces galères étaient si cocasses que j’étais sûr de tenir un truc. En l’occurrence, c’était effectivement une période de ma vie où j’avais besoin de m’affranchir. Et c’est donc devenu l’un des thèmes du film.

- © Le Pacte
Parmi les galères de votre personnage, il y a aussi son rapport aux filles. Une expérience personnelle là aussi ?
Je n’ai pas tant galéré que cela avec les filles. Pour autant, je ne voulais pas consommer la sexualité à tout prix. Je n’étais pas le type que tout le monde repousse, mais je n’étais pas non plus un grand séducteur. Mon personnage vit ce que j’ai vécu. Je me sentais sous pression par rapport à toutes ces injonctions à faire l’amour en permanence. L’amour ne fonctionne pas ainsi. À l’instar de mon personnage, j’ai un côté très fleur bleue. Cette dimension-là est très autobiographique même si je n’ai jamais vécu de « date » aussi fou que ceux que je raconte dans ce film. Je trouve cela terrifiant de se retrouver dans une intimité avec une inconnue. Ça me fait peur. Je ne suis pas dans ce délire-là. J’aime quand c’est fluide, naturel. D’ailleurs, ma façon de travailler est en adéquation avec ce rapport au monde.
Il y a une scène très touchante : lorsque votre personnage ne parvient pas à dépasser sa peur et à faire l’amour avec une inconnue à laquelle il finit par dire « on n’a pas baisé, mais on a parlé ». Cela signifie qu’ils se sont vraiment rencontrés. N’est-ce-pas ce qu’il y a de plus beau ?
J’adore les rencontres. Et il y en a pas mal pour mon personnage dans ce film. Que ce soit avec sa monitrice d’auto-école, avec son collègue, avec cette fille, ou même avec ses parents qu’il rencontre à nouveau. C’est quelque chose qui traverse tous mes films. Je n’ai filmé que des rencontres. Une rencontre, c’est quelque chose à laquelle on ne s’attend pas et qui arrive sur notre chemin. C’est un cadeau que nous fait la vie. On dépasse la surface d’une interaction fonctionnelle pour entrer dans une vraie intimité, un vrai échange d’émotions, avec de la bienveillance. C’est cela une rencontre, quelque chose d’inopiné mêlé à de l’intime.
Comme vous le dites vous-même, votre personnage rencontre également ses parents. Un nouveau rapport semble s’ouvrir entre eux. Comment l’expliquez-vous ?
Cette relation ressemble à celle que j’ai vécue avec mes propres parents. Cela n’a pas toujours été facile avec ma maman lorsque j’étais plus jeune parce qu’elle s’inquiétait pour moi en constatant que je n’étais pas très bien et que je renvoyais de l’agressivité du fait que je ne trouvais pas ma place et que cela me faisait peur à moi aussi. On n’arrivait pas à communiquer. Le film parle aussi de cela. Il faut savoir communiquer ce que l’on ressent. C’est un premier pas vers l’échange, l’intime, le vivre-ensemble, vers des relations qui deviennent des supports affectifs et nous permettent d’aller de l’avant. Il est difficile pour les garçons de ma génération de parler de nos sentiments. Nous avons beaucoup de pudeur, même moi qui suis pourtant assez déconstruit. Mais j’ai appris à le faire et j’ai voulu montrer dans le film ce moment où tu te mets à nu, où tu dis des trucs qui te gênent parce que tu n’es pas habitué à aller aussi frontalement dans l’intime. C’est là le vrai trajet du personnage : il arrive à exprimer aux autres ce qu’il ressent, ce dont il a besoin. C’est ainsi qu’il se rend compte que tout le monde est bienveillant avec lui et veut le soutenir.

- © Le Pacte
Que pouvez-vous dire sur votre superbe casting… qui mélange habilement deux générations ?
Je me suis entouré de plusieurs comédiens de ma génération avec lesquels j’avais déjà travaillé, comme Sébastien Chassagne, Anaïde Rozam ou William Lebghil, et je suis effectivement allé chercher une autre génération d’acteurs et d’actrices plus établis comme Emmanuelle Bercot, Géraldine Pailhas ou Michel Hazanavicius que je trouve assez peu utilisé alors que c’est un très bon acteur. Cela me paraissait cohérent qu’il joue le père de mon personnage car nous avons deux masculinités complètement différentes. Emmanuelle Bercot possède à la fois cette franchise et cette énergie propres à cette monitrice d’auto-école complètement décalée. J’étais persuadée que ça allait matcher. Géraldine Pailhas a beaucoup de vie, d’énergie, et en même temps une certaine douceur mêlée à une belle intensité. Elle ressemble un peu à ma maman. Avec un côté à la fois tellement bienveillant et généreux.
Et enfin, bien que réaliste, votre film n’en demeure pas moins poétique et fantaisiste, notamment via sa direction artistique. C’était votre intention ?
Je tenais à ce que le film soit comme un miroir du monde contemporain, que ce soit à travers l’ubérisation du travail ou l’écrasement des individus dans la machine capitaliste, mais sous le filtre du merveilleux, un peu à la manière d’un conte ou d’une bande dessinée pour enfants. C’est ce ton là que j’essaie de chercher, tout en abordant des sujets triviaux. J’aime le décalage que cela créé. Cette candeur permet de relever d’autant mieux l’absurdité de la société dans laquelle nous vivons. Et puis, c’est aussi mon goût esthétique personnel. J’aime les films de Wes Anderson, Hayao Miyazaki, Walt Disney, Jacques Demy ou Jacques Tati. Quel plaisir de convoquer l’esthétique et le burlesque de ces œuvres pour parler de sujets qui, a priori, n’ont rien à voir avec ce type de mise en scène. J’ajoute que je tiens à mettre devant ma caméra des choses qui me plaisent à l’œil. La vraie vie est trop maussade, manque de couleurs. Or, dès qu’il y a de la couleur, il y a de la fantaisie et de la joie. On en manque cruellement aujourd’hui. Donc je crée une sorte de bulle, un monde qui ressemble au notre, certes un peu différent mais dans lequel on se sent bien.
Propos recueillis par Nicolas Colle
Galerie Photos
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