Le 3 mars 2026
- Réalisateurs : Nicolas Charlet - Bruno Lavaine
- Distributeur : Tandem
- Festival : Festival de Gérardmer 2026
Nous avons échangé avec le duo de réalisateurs Nicolas Charlet et Bruno Lavaine lors du Festival du Film Fantastique de Gérardmer.
Nicolas Charlet et Bruno Lavaine évoquent l’exercice subtil et délicat de créer une comédie comme Alter ego, toujours irrésistible certes, mais aussi constamment sur un fil.

- Nicolas Charlet, Bruno Lavaine
- Crédit : Pascal Gavoille
Voilà une comédie qui avance en permanence sur une ligne de crête. Elle est particulièrement drôle et crédible alors qu’elle aurait pu être complètement ridicule. Comment réussir un tel pari ?
Nicolas Charlet : La comédie est déjà un pari en soi et nécessite toujours une prise de risque. On s’expose au succès ou à l’échec de sa blague… qui est sanctionnée par l’absence de rire. Et effectivement, particulièrement sur ce film, il y avait un vrai risque que ça ne marche pas, que l’on n’y croit pas. C’est quelque chose que nous avons expérimenté en adaptant Zaï Zaï Zaï au théâtre ces trois dernières années. Au théâtre, face au public, on sait tout de suite si une comédie est drôle ou non. Or, au cinéma, nous n’avons pas le ressenti direct du public. Il faut attendre deux ans pour savoir si une blague fonctionne ou non. Il est nécessaire de se faire confiance. Notre travail d’expérimentation au théâtre a été très enrichissant car nous ajustions constamment la pièce au fur et à mesure des représentations. Chaque soir, nous testions le rythme, la comédie, l’échange, le ton et nous changions toujours un petit quelque chose. Comme si nous faisions du montage au jour le jour devant trois cents personnes. Le tournage d’Alter ego a été rendu plus facile grâce à cette expérience.
Bruno Lavaine : D’autant plus que nous partageons avec nos acteurs, Laurent Lafitte, Blanche Gardin et tous les autres, ce plaisir de la fabrication du cinéma. Nous travaillons tous dans un esprit jubilatoire, d’écoute, d’encouragement, de rire, de joie. C’est agréable pour nous et pour eux qui se sentent regardés, aimés, et en confiance. On exprime beaucoup ce qu’on ressent sur le plateau. Et en même temps, nous partageons avec eux une rigueur très précise. Ils sont toujours en recherche du détail juste. Si l’on croit autant à ces deux personnages de sosies, c’est en grande partie grâce au travail incroyable de Laurent Lafitte qui a abordé ces deux rôles au premier degré, notamment dans la manière dont ils vivent cette situation absurde et dans laquelle le public doit rentrer. Les spectateurs sont complètement avec Alex et Axel. Le premier semble vivre un véritable bouleversement alors que le second ne perçoit absolument pas le problème.
Là où vous prenez également un risque, c’est en mélangeant les genres. Après tout, vous avez présenté le film au Festival de la comédie de l’Alpe d’Huez puis au Festival du Film Fantastique de Gérardmer. C’est rare un tel écart.
Nicolas Charlet : C’est une belle récompense pour nous car nous tenons à ne pas nous inscrire dans une case. Nous aimons ne pas faire comme tout le monde. Là aussi, c’est un risque. Donc oui, il y a un mélange des genres et notamment un mélange de comédies. Il y a de la comédie burlesque, de la comédie de situation, de la comédie absurde, de la comédie humaine…

- Copyright Tandem Films
Ce qui est paradoxal, c’est que la version parfaite de Laurent Lafitte est absolument détestable, tandis que sa version plus complexée est incroyablement attachante.
Nicolas Charlet : On a envie de se retrouver un peu dans les deux. Après tout, on abandonne tous des petits travers et quand on se retrouve devant notre profil Instagram en mieux, on ne peut que se trouver moins bien. Cela ouvre des failles et révèle tout ce que l’on a abandonné sans s’en apercevoir, même si on est très heureux. Mais être confronté tout d’un coup à tout ce que l’on aurait pu ou dû être peut nous rendre complètement fou.
On dit que le cinéma permet de raconter le monde et l’humain. Une comédie ne fait pas nécessairement exception. Alors, selon vous, que racontez-vous ici de l’être humain ?
Bruno Lavaine : Nous parlons de l’absurdité de cette injonction au bonheur, de cette obsession que l’on a tous à vouloir présenter la meilleure version de nous-mêmes au lieu de vivre simplement notre vie. Au début du film, Alex est heureux. Tout est simple et naturel… jusqu’à ce qu’il cherche à devenir quelqu’un qu’il pourrait être au lieu de vivre pleinement sa vie.

- Copyright Tandem Films
Que pouvez-vous dire sur votre mise en scène et votre découpage ?
Nicolas Charlet : Nous voulions quelque chose de très organique, de très mécanique, sans avoir recours aux effets spéciaux numériques. C’est un film d’acteurs. Il fallait rester focalisés sur eux, en travaillant notamment le champ-contrechamp. Dans de nombreux films de « double », les metteurs en scène font des pieds et des mains pour nous faire croire qu’il y a bien deux fois le même acteur dans le même plan alors qu’un simple champ-contrechamp peut être suffisant. Je dirais même qu’il n’y a rien de plus fort. D’ailleurs, on sait depuis Georges Méliès que l’on peut mettre deux fois le même acteur dans un même plan. Pour l’anecdote, nous avons fait appel à une doublure afin que Laurent puisse jouer concrètement face à quelqu’un. C’est quelque chose que nous avions déjà expérimenté sur La personne aux deux personnes où Alain Chabat était avec nous sur le plateau pour jouer avec Daniel Auteuil alors qu’on entend seulement sa voix durant tout le film. Ici, nous avons engagé un jeune comédien du conservatoire, Ahmed Hammadi-Chassin, avec la même silhouette, la même corpulence et les mêmes mensurations que Laurent Lafitte. Nous voulions un vrai comédien mais qui allait peu à peu disparaitre du film. Nous tenons à rendre hommage à Ahmed qui a fourni un travail formidable puisqu’il jouait successivement les rôles d’Alex et d’Axel.
Et que dire justement des formidables Laurent Lafitte et Blanche Gardin ? Et d’Olga Kurylenko dans un rôle assez inattendu ?
Bruno Lavaine : Ils étaient tous tellement heureux de jouer ensemble. Ils partagent ce plaisir jubilatoire de jouer, de composer. Ils ont fourni un vrai travail de répétitions, de lectures, d’échanges. Nous partageons avec eux ce goût pour les petites faiblesses de l’âme humaine, comme la lâcheté, tout en faisant preuve d’une certaine autodérision. Olga nous a été recommandée par notre directeur de casting qui nous a fait savoir qu’elle souhaitait tourner davantage en France et notamment dans des comédies. Nous savions qu’elle pourrait apporter une touche de mystère à son personnage… et surprendre le public avec le dénouement final.
Propos recueillis par Nicolas Colle
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