Le 10 février 2026
- Acteur : Olga Kurylenko
- Festival : Festival de Gérardmer 2026
Nous avons échangé avec la comédienne à l’occasion du Festival du Film Fantastique de Gérardmer où un hommage lui a été rendu.
Alternant avec talent des prestations dans des productions françaises indépendantes et des blockbusters américains, Olga Kurylenko était à l’honneur du Festival du Film Fantastique de Gérardmer 2026. L’occasion d’évoquer avec l’actrice son rapport à la France, au cinéma et l’une des rencontres les plus marquantes de sa carrière.
Au cours de l’hommage qui vous a été rendu au Festival du Film Fantastique de Gérardmer, vous sembliez très émue en évoquant votre rapport à la France. Quels liens vous unissent à notre pays ?
J’avais seize ans lorsque je suis arrivée à Paris. Je n’étais donc pas encore adulte, je n’avais pas d’argent, je ne parlais pas français mais j’ai été incroyablement chanceuse car la France m’a accueillie avec bienveillance. Cela a commencé avec mon agence de mannequinat qui m’a protégé alors que beaucoup d’autres talents ont vécu des expériences malheureuses avec leurs agents. Les miens m’ont soutenue, donné la force de continuer, faire carrière, progresser. C’est devenu ma famille. Je me sentais en sécurité. J’ai commencé à gagner mon propre argent, ce qui était important car ma famille avait peu de moyens financiers. À côté de cela, des amis m’ont appris le français, offert des livres et incité à voir des films pour que je pratique la langue. J’ai trouvé les Français incroyablement accueillants. Alors qu’ils ont la réputation de ne pas aimer les étrangers. Ce n’est pas mon ressenti. La France m’a aussi offert mes premiers rôles au cinéma. Lorsque je suis parti aux États-Unis pour entrer dans une agence d’actrice, cela a été un échec car on me ramenait constamment au fait que je n’avais pas d’expérience sur un plateau. À l’inverse, les Français m’ont laissé faire ce que je désirais. La réalisatrice Diane Bertrand m’a offert mon premier rôle principal dans son film L’annulaire alors que je n’étais ni française, ni même comédienne. C’est fou. Donc oui, j’aime la France et les Français. Des personnes très cultivées.

- Crédit : Pascal Gavoille
Ce qui est frappant dans votre filmographie, c’est sa variété. Comment l’expliquez-vous ?
Simplement par mon désir de varier les expériences et mon envie de travailler. C’est pour cette raison que j’ai beaucoup enchaîné les tournages à une époque. Je suis quelqu’un de passionné et de spontané. Je n’ai jamais eu de plan de carrière. Je prenais simplement ce qui me faisait envie. D’où la variété de ma filmographie : des films d’auteurs, des blockbusters, des projets plus intimistes en France et d’autres plus mainstream aux États-Unis. Quand j’étais plus jeune, je voulais travailler et prenais ce qu’il y avait à prendre. Je ne pense plus comme ainsi aujourd’hui car il faut bien reconnaître que je n’ai pas fait que des grands films (rires). Mais c’est ça aussi le manque de calcul. Si j’avais davantage calculé, il y a probablement des films que je n’aurais pas tourné. Mais j’aimais être aux côtés de toutes ses équipes donc n’ai pas de regret. Au contraire, cela n’a été que du plaisir compte tenu du nombre de rencontres, d’expériences et de voyages que j’ai pu vivre.
À titre personnel, j’ai eu le privilège de couvrir des tournages en France… mais jamais à Hollywood. Je n’ose même pas imaginer à quoi peut bien ressembler des plateaux comme ceux que vous avez pu fréquenter sur des productions Marvel…
C’est énorme. Ce sont des machines inimaginables. On peut se sentir perdu, tout petit. C’est assez impersonnel. D’où mon amour de la France et de son artisanat. Les gens y sont plus abordables. Les liens plus personnels. Il n’y a pas de barrière alors qu’à Hollywood, il faut respecter de nombreux codes. Cela me gêne lorsque je croise un technicien qui aimerait me parler mais n’a pas le droit de le faire. J’aime ce côté plus familial des tournages en France. C’est définitivement le pays qui me correspond le mieux. On m’y appelle par mon prénom. Alors qu’aux États-Unis, on me dit « Madame ». C’est très conventionnel, impersonnel.
Ces productions impliquent souvent l’utilisation de tournages en studios et devant des fonds verts. N’est-ce-pas perturbant ?
Je sais faire abstraction mais oui c’est toujours mieux d’être confronté à un vrai décor. Ceci dit, les fonds verts ont aussi leurs avantages. J’ai récemment tourné dans un thriller d’action de Claudio Fäh, Turbulence, dont l’histoire se déroule intégralement dans une montgolfière. Je peux vous assurer que j’étais très heureuse de tourner dans un studio devant un fond vert et pas en condition réelle à cent mètres du sol. Donc c’est une pratique qui a aussi ses vertus.

- Crédit : Pascal Gavoille
Je ne vais pas revenir sur chacune de vos collaborations mais tout de même… vous avez joué au côté de Tom Cruise dans Oblivion. Comment était-ce de travailler avec une telle légende ?
C’est fascinant de le regarder travailler et de voir à quel point il est passionné par ce qu’il fait. Le cinéma, c’est sa vie. Il vit pour cela. Il s’entraîne même pendant ses pauses-déjeuner. Il ne se repose jamais. C’est une machine de guerre. Un leader sur le plateau. Face à lui, le réalisateur est très effacé. C’est lui le vrai boss tant il est écouté par tous. On comprend pourquoi car il se trompe peu et tous ses films ou presque ont été des succès. Il est impressionnant dans ses capacités physiques. Je me souviens d’une scène où il devait courir dans les dunes. Nous avons tourné la scène une première fois avec un cascadeur puis une seconde fois avec Tom. Je vous laisse deviner lequel courait plus vite que l’autre (rires). C’était insensé. Et il avait déjà cinquantz ans sur ce film. Je me souviens que nous avions fêté son anniversaire sur le tournage. L’équipe lui a offert la moto du film. Ceci dit, sa condition physique exceptionnelle résulte aussi de son hygiène de vie très contrôlée. Il mange des repas très sains, à des heures très précises. Il mène une vraie vie d’athlète. Et il n’a peur de rien. Donc il ose toutes les cascades possibles et imaginables.
Et enfin, le Festival du Film Fantastique de Gérardmer a été aussi pour vous l’occasion de présenter la comédie de Nicolas Charlet et Bruno Lavaine, Alter ego. Un genre auquel vous nous avez peu habitué.
Je suis tellement fier d’avoir pu jouer dans cette pure comédie française. Je n’en avais jamais fait et cela me manquait car c’est un genre très reconnu et apprécié en France où il est soutenu et produit. Même si j’avais tourné dans Johnny English contre-attaque mais c’était une production anglaise. Alter ego est éminemment drôle et parle avec beaucoup de finesse et de dérision d’un sujet contemporain important qui est le contrôle de son image et de la façon dont on peut s’inventer un « faux moi » sur les réseaux sociaux. On y contrôle tout, on s’y invente une vie. Pour ma part, je sais garder les pieds sur terre et ne perds jamais de vue la réalité. J’ai mes complexes, évidemment, mais ils ne affectent pas et je continue d’avancer.
Propos recueillis par Nicolas Colle
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