Le 4 mai 2026
- Réalisateur : Tereza Nvotová
- Distributeur : Épicentre Films
– Sortie en salles : 27 mai 2026
Son film Father sort sur les écrans le 27 mai prochain. De passage à Paris pour sa promotion, elle a accepté de répondre nos questions.
Diplômée de l’école de cinéma de Prague, la Slovaque Tereza Nvotová, qui a commencé par le documentaire, propose Father, son troisième long métrage de fiction. Pour ce film, elle vient d’obtenir en 2024 le prix Sang Neuf au Festival Reims Polar et le Jaguar du meilleur film au Festival À l’Est de Rouen.
AVoir-ALire : En préambule, toutes nos félicitations pour le Jaguar, prix du meilleur film, que vous avez reçue pour Father au Festival À l’Est de Rouen au mois de mars dernier, et qui vous est remis aujourd’hui.
Tereza Nvotová : Je remercie toute l’équipe du festival. Je suis très heureuse et très reconnaissante de ce prix. J’étais déjà venue à Rouen à ce festival en 2023 pour mon film Nightsiren qui était en compétition. Cette année malheureusement, je n’étais pas disponible, prise par mon nouveau projet. Je connaissais son directeur David Duponchel, que j’ai connu à Prague pendant mes études, puis que j’ai revu dans un autre festival au Pérou.
AVoir-ALire : Pouvez-vous nous dire comment vous êtes arrivée au cinéma ?
Tereza Nvotová : J’ai grandi dans le milieu du théâtre et du cinéma. Mon père est cinéaste et metteur en scène de théâtre et ma mère comédienne. C’était en quelque sorte naturel pour moi, enfant, de vivre au sein des histoires que mes parents partageaient, car bien sûr ils ne se contentaient pas d’en parler à l’extérieur : c’était aussi à la maison. J’ai donc vécu au milieu d’histoires et de personnages. Puis, quand j’ai eu dix-sept ans, influencée par cette enfance, je suis allée étudier le cinéma (*) pour vivre ces histoires qu’ils racontaient. J’ai commencé par le documentaire. J’avais envie d’observer le monde et de le découvrir. Je voulais parler de vraies personnes et trouver de vraies histoires, à capturer. Je voulais être là dans les moments où les choses se passent, changent, quand quelque chose d’inattendu se produit. Après en avoir réalisé, les documentaires m’ont semblé plus adaptés pour parler du passé que du présent, j’ai alors décidé de passer à la fiction, forte de cette expérience précédente. Dans mon premier film (**), de nombreux acteurs sont de jeunes hospitalisés, donc non professionnels. Je voulais essayer une nouvelle façon d’aborder la fiction, plus frontale, directe. Finalement, il a eu un très bon accueil, ce qui m’a confortée.
AVoir-ALire : Vos trois longs métrages de fiction, partent tous d’un événement extrêmement dramatique. Comment l’expliquez vous ?
Tereza Nvotová : Je ne sais pas ! je n’ai rien décidé comme ça, même si j’ai conscience que chaque film parle de personnes singulières. Il faut choisir une histoire que l’on peut s’approprier à titre personnel. Vous avez raison de dire que dans tous mes films quelque chose de terrible se passe, mais dans tous les films, il se passe quelque chose, comme si c’était vrai, et peut-être pas seulement dans le mien. Dans mes films, c’est quelque chose d’un peu plus radical, ou d’un peu plus choquant, peut-être. Je suppose que c’est ma façon de gérer ma propre peur. Comment gérer cela ? comment gérer les traumatismes qu’on a tous plus ou moins vécus. Mais ce qui m’intéresse le plus, ce sont les conséquences sur les personnes. Comment on se retrouve enfermé dans une bulle, coupé de la société. J’essaie de trouver ce que cela dit de notre humanité.
AVoir-ALire : Father (***) peut être ressenti comme haletant et anxiogène avant même la découverte du drame. Comment créez-vous l’univers de votre récit ?
Tereza Nvotová : Eh bien, grande question !
Au départ, je ne voulais pas faire ce film, en toute honnêteté. J’avais été approchée par mon coscénariste dont les meilleurs amis ont vécu cela. C’était déchirant, mais je n’ai pas vu comment cela pouvait devenir un film parce que c’est tout simplement trop tragique. Je pensais dire non, mais c’est resté ancré en moi. Je n’arrivais pas à l’oublier. Pourtant, je ne suis pas un père, je n’ai pas d’enfants : alors pourquoi cela m’affecte-t-il si durement ? J’ai fini par me rendre compte qu’il y avait une autre histoire sous ce récit qui parle finalement de notre fragilité. Il y avait une grande réflexion pour moi : serais-je capable d’une telle erreur comme celle-ci, et si oui, comment auraiS-je pu l’accepter ?
J’ai fini par penser que l’on pouvait ressentir une profonde empathie pour les personnages si on connaissait leur vie avant le drame. J’ai été inspirée en ce sens par le film Elephant, de Gus Van Sant : comment les personnages se comportent avant les tragédies.
Je ne voulais pas juste raconter quelque chose de terrible, mais m’approcher de ce père, poser des questions sans pour autant donner de réponses. Accompagner le personnage avant et après le drame et observer.
AVoir-ALire : La scène de la crèche peut paraître "confuse". C’est à posteriori qu’on la comprend. Comment l’avez-vous construite ?
Tereza Nvotová : Pour être honnête, je préfère ne pas en parler. Je veux que le public soit surpris. Je ne veux pas qu’il s’attende à quoi que ce soit. Mais oui, pour répondre à votre question, la scène de la crèche est tout à fait intentionnelle.
AVoir-ALire : Comment avez-vous dirigé vos acteurs souvent filmés au plus près ?
Tereza Nvotová : C’était compliqué. Nous avons fait de longues répétitions, souvent toute une journée avant de tourner une scène. J’ai voulu que les acteurs soient totalement à l’aise et jouent en toute liberté. On refaisait souvent les scènes plusieurs fois : cela fonctionne ou non jusqu’au moment où l’on sent que c’est arrivé. Pour les scènes les plus émouvantes, je n’ai pas exactement tourné comme nous l’avions prévu en répétition, de manière à capter la surprise des acteurs. J’ai aussi demandé au directeur de la photo de travailler comme un photographe de guerre qui ne sait pas ce qui va se passer, filme sans pouvoir anticiper, de manière à augmenter le sentiment de tension. D’autres scènes étaient beaucoup plus préparées techniquement, notamment quand elles étaient tournées avec la grue Technocrane qui exige timing et précision.
AVoir-ALire : Pouvez-vous nous parler de vos projets ?
Tereza Nvotova : Je travaille actuellement sur une mini-série basée sur des faits réels. Ils se sont produits en Slovaquie autour du meurtre d’un journaliste qui a eu lieu en 2018. Elle est déjà tournée et maintenant j’en suis au stade du montage. J’ai d’autres projets en développement en ce moment, sur lesquels je préfère ne rien dévoiler.
* Tereza Nvotová est diplômée de la FAMU en documentaire (Faculté du cinéma et de la télévision basée à Prague).
** Son premier film de fiction Sans jamais le dire (2018) traite des conséquences du viol d’une jeune fille.
*** Father est basé sur le syndrome du bébé oublié.
Merci à Roberto Di Giuseppe d’Épicentre Films, qui s’est improvisé interprète pour l’occasion.
Galerie photos
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