Le 4 mai 2026
- Réalisateur : Catherine Cosme
- Distributeur : New Story
– Sortie en salles : 6 mai 2026
À l’occasion de la sortie de son beau premier film, nous avons échangé avec la réalisatrice et chef décoratrice, récemment lauréate d’un César.
Après avoir conçu des décors durant plus de deux décennies, Catherine Cosme signe un premier film délicat et sensible autour de la perte de sa mère, qui l’avait escroquée durant des années. La réalisatrice évoque, avec émotion, son travail de résilience, de pardon, mais aussi sa collaboration avec Vimala Pons (plus étonnante que jamais) et Guilaine Londez. Sans oublier de revenir sur la récente soirée des César où elle a été (justement) récompensée pour la conception des décors de L’inconnu de la Grande Arche.
Vous avez travaillé durant vingt ans comme chef décoratrice avant de réaliser ce premier long métrage. Qu’est ce qui vous a amené à penser que c’était le bon moment pour vous lancer dans ce projet ?
Après avoir réalisé deux courts métrages, ma productrice a senti que j’étais prête à mettre en scène mon premier long. De plus, là où je réside, en Belgique, il est possible de bénéficier des aides à la production légère. Or j’avais très envie que mon premier film puisse en bénéficier car cela me permettait de raconter une histoire très intime, très personnelle, qui faisait sens par rapport à mon parcours. De fait, Sauvons les meubles devait se faire en deux ans. C’est tout le principe de la production légère : on dispose d’un cahier des charges très serré et on doit aller vite. C’est un marathon de procéder ainsi mais c’est intéressant car on apprend beaucoup et on procède à des choix radicaux. C’est très formateur. J’ai commencé à travailler dans la décoration sur des plateaux de cinéma à l’âge de vingt-sept ans et j’ai réalisé mon premier long métrage à quarante-sept ans. J’étais à un moment de ma vie où je me sentais plus sereine sur plein de choses. Et ce premier film fait sens par rapport à mon parcours de femme.
Cette histoire d’escroquerie d’une mère vis-à-vis de sa fille est si folle que si on l’inventait, on n’y croirait pas…
En présentant le film en avant-première, de nombreux spectateurs me témoignent leur solidarité par rapport à ce qui s’est passé. Toutefois, je tiens aussi à mettre les choses au clair en leur rappelant que si ma mère a agi ainsi, ce n’était pas pour se dorer la pilule sur une plage à Ibiza mais pour nous accompagner mon frère et moi, pour protéger notre famille. Ce n’était pas de l’escroquerie pure et dure. Il m’a fallu faire la paix avec tout ça. J’ai très vite compris pourquoi elle a agi ainsi. Là où cela a été du chemin, c’était de comprendre pourquoi moi plutôt que mon frère ou une autre personne. Avec le recul, il y a l’aspect pratique : je m’appelle Catherine Cosme et elle s’appelait Colette Cosme. Nous avons donc les mêmes initiales. Quand elle a commencé à faire cette usurpation, j’étais assez jeune et ne me rendais pas du tout compte de ce qui se tramait autour de moi. Elle pensait pouvoir rembourser à temps avant que je devienne adulte et que je prenne mon envol. Sauf que ça ne s’est pas passé ainsi. Elle a dû multiplier les crédits et s’est embourbée là dedans. Mon parcours a été de comprendre pourquoi elle ne m’a pas confié ce qui lui arrivait. Avait-elle peur de moi ? De ma réaction ? Savait-elle que je l’aimais ? Il est difficile de trouver la paix avec tous ces questionnements. Mais en trouvant cette paix intérieure, je me suis sentie capable de mettre en scène le film et d’accompagner mon équipe et mes comédiens dans cette aventure.

- © 2026 New Story. Tous droits réservés.
Votre film aborde évidemment des thèmes universels comme l’amour et la famille. Cela offre une promesse de grandes émotions…
C’était mon désir. Je voulais permettre aux spectateurs de rire et pleurer à la fois, de s’interroger, de communiquer davantage au sein même de leur propre famille. J’aime les films d’auteur diffusés en festivals et qui racontent le monde mais j’ai l’impression qu’avec ce film, je me suis inscrit dans une autre veine. J’aime convier les spectateurs à un endroit un peu inattendu, où ils rient et quand ils sortent du film, ils ont envie d’appeler leur mère. J’adore des films comme E.T. ou Quatre mariage et un enterrement, Joyeuses funérailles et The Descendants. J’avais envie de redonner ça au public. J’ai tellement aimé les sorties familiales au cinéma avec mes parents. Je les remercie de m’avoir éduquée là dedans. Je me souviens d’être allée voir des films avec ma mère et on a pu échanger après la projection sur ce qu’on avait ressenti, mais aussi sur nous, sur nos vies. J’ai envie de récréer ce lien-là avec Sauvons les meubles.
Votre film est incroyablement solaire, lumineux, et donc plaisant à regarder de bout en bout…
Il était important pour moi de situer cette histoire dans le sud de la France où l’on trouve une énergie unique quand le printemps arrive et que l’été approche. Ce sont mes origines et j’avais besoin de m’inscrire dans ce lieu-là. Il y a ce truc particulier dans le Sud où tu te protèges du soleil et t’enfermes dans les chambres avec les volets baissés, et puis tu en sors et es éblouis par la lumière. Je tenais à montrer cette particularité du Sud, à cette beauté, cette singularité là.

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Vimala Pons est toujours aussi étonnante. On l’a rarement vue aussi grave et intense. Vous souhaitiez l’amener vers un autre jeu que celui qu’on lui connaît habituellement, plus fou et léger ?
J’avais très envie d’elle pour ce personnage et elle avait très envie de ce rôle. Dès lors, notre rencontre ne pouvait guère mieux se dérouler. J’ai compris immédiatement tous ses talents de comédie, de décalage : je n’avais rien à gérer la dessus, mais je l’ai amenée vers la tenue de son personnage dans la gravité, où il peut aussi se passer des choses drôles. Je l’ai incitée à être dans une dureté apparente pour mieux amener l’humour. Je crois qu’elle a apprécié de le faire et le vivre. Elle est incroyable car elle est de tous les plans. Elle porte mon histoire. Il était donc important de bien l’accompagner car elle portait ce stress en elle. Nous avons passé beaucoup de temps ensemble en amont du tournage. Elle a puisé des choses de moi. Je suis hyper timide et cela peut donner l’impression d’être froide ou hautaine et de mettre les personnes à distance alors que c’est juste de la timidité. Elle s’est emparée de ce trait de caractère. Parfois, elle pouvait partir dans le jeu génial qu’on lui connaît mais qui n’était pas l’endroit du film. Il fallait toujours rééquiliber les choses mais c’est une actrice intelligente et on s’est fait confiance. Nous avons pu déposer nos vulnérabilités, pleurer et rire l’une en face de l’autre sans éprouver une gêne quelconque. Cela crée les conditions de la confiance. Elle m’a dit que nous étions comme dans E.T. : là où j’avais de la douleur, elle avait de la douleur aussi. Elle comprenait mon parcours. C’était hyper beau pour moi de me retrouver entourée d’une équipe qui s’inscrivait dans la bienveillance.
Et que dire de Guilaine Londez qui joue votre mère ?
J’ai rencontré des actrices incroyables pour ce rôle mais toutes m’ont dit qu’elles n’avaient pas envie de se voir mourir à l’image. C’est toujours une appréhension dans cette catégorie d’âge pour une comédienne. Guilaine m’a dit qu’elle n’avait pas peur mais, au contraire, qu’elle éprouvait un profond désir de jouer ce personnage qu’elle comprenait. Elle est également originaire de la région Occitanie. Elle comprend ce jeu du non-dit, de l’incommunication. Je souhaitais aussi qu’il y ait des accents dans le film. D’où la présence de Guilaine. Elle avait le désir d’aller dans des endroits de jeu qu’elle avait peu abordé jusqu’alors. C’est un phénomène avec le public. Elle est la mère, la copine, la sœur de tout le monde. J’ai été touchée qu’elle accepte ce rôle.
Pour conclure, vous avez récemment remporté le César des meilleurs décors pour L’Inconnu de la Grande Arche. Comment avez-vous vécu ce moment ? Est-ce un aboutissement ou la promesse d’un renouveau ?
Je ne m’y attendais pas puisque c’était ma première nomination mais j’avais conscience que c’était un film important, notamment au niveau des décors compte tenu de tous les retours que j’ai reçus de la profession. J’étais fier d’en arriver là, et contente qu’on l’ait ensemble avec la responsable des effets visuels. Les votants ont accepté et compris que nous étions un binôme et que le travail de l’une ne marchait pas sans le travail de l’autre. Notre duo est désormais reconnu puisque nous sommes appelées sur les mêmes films. Dans mon parcours, ce César marque un aboutissement après avoir travaillé durant vingt ans comme chef décoratrice. C’est une belle reconnaissance du métier. Mon parcours, c’est d’abord la scénographie, être avec des comédiens sur un plateau, les accompagner, concevoir des costumes, des décors, puis est née l’envie de réaliser, mais je continue aussi la décoration. C’est assez atypique. J’avais peur de cumuler toutes ces casquettes mais aujourd’hui j’en suis heureuse car elles nourrissent chaque partie de mon parcours. Désormais, lorsque je conçois un décor, le fait d’avoir réaliser m’aide. Quand je réalise, le fait d’avoir travaillé les décors et de connaître toutes les contraintes de production m’aide également à appréhender les films et les comprendre. Ce César met en valeur mon expérience dont je veux surtout faire profiter des films fragiles, des premiers films. J’ai davantage envie de travailler sur des projets avec un budget à deux millions d’euros plutôt qu’à quinze millions. J’aime rassurer un jeune réalisateur, l’aider à trouver des solutions. J’ai envie que ce César continue de m’ouvrir des portes sur des premiers films. C’est quand il y a de la difficulté et du challenge que je me sens le plus à ma place.
Propos recueillis pas Nicolas Colle
Galerie Photos
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