Le 31 mars 2026
- Acteur : Isabel Aimé Gonzalez Sola
- Distributeur : Dulac Distribution
Isabel Aimé Gonzalez Sola, solaire et sympathique comédienne de théâtre et de cinéma, s’est gentiment prêtée au jeu de l’interview à l’occasion de la sortie de son dernier film, Las Corrientes de Milagros Mumenthaler.
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D’origine argentine, Isabel Aimé Gonzalez Sola a fait ses études d’art dramatique en France avant de se partager entre le théâtre dans l’Hexagone, et le cinéma des deux côtés de l’Atlantique.
AVoir-ALire : Quel est le parcours qui vous a conduit d’Argentine en France ?
Isabel Aimé Gonzalez Sola : Rien n’était prévu pour que je fasse ce métier. Je viens de Mendoza, dans la Cordillère des Andes en Argentine. Je suis issue d’une grande fratrie : j’ai six sœurs, un frère. Là-bas, j’ai fait un bac "Hygiène et sécurité au travail", donc rien à voir, très technique ! Mais à la maison, on regardait beaucoup de films sur des cassettes VHS. Déjà petite, j’avais un lien très fort aux histoires, à l’imagination. J’adorais écrire, inventer des aventures. On vivait dans un endroit un peu sauvage, entourés de chiens : on était très libres, pas très scolaires. Depuis longtemps, je savais que je voulais quitter l’Argentine : découvrir un autre endroit du monde, apprendre une autre langue.
AVoir-ALire : Il n’y avait pas d’artistes dans votre famille ?
Isabel Aimé Gonzalez Sola : Si, mais dans d’autres domaines. Mes grands-parents étaient poètes. Mon grand-père est mort jeune, mais ma grand-mère a acquis une vraie notoriété dans la poésie et la littérature, mais très loin du théâtre et du cinéma. Ma grande sœur est danseuse et chorégraphe, c’est encore elle qui est la plus proche de ce que je m’apprêtais à faire. Pour pouvoir voyager, je me suis inscrite dans un programme de jeune fille au pair : c’était le seule façon de partir avec un travail et un salaire. Et c’est comme ça que je suis arrivée à Nantes.
AVoir-ALire : Pourquoi particulièrement la France, et comment le théâtre est arrivé dans votre vie ?
Isabel Aimé Gonzalez Sola : Mon père a un lien très fort avec la France et ma belle-mère est française. Même s’ils n’y vivaient pas, ce pays a toujours eu une place particulière pour eux, pour nous. J’ai passé un an à apprendre le français, et j’ai compris très vite que je voulais faire du théâtre. C’est à ce moment, après des recherches sur Internet, que j’ai rencontré une vieille dame, ancienne comédienne et danseuse, qui m’a préparée à passer des concours en me faisant alterner textes classiques et contemporains. J’ai aussi découvert une école à Besançon, université de France-Comté, qui proposait une formation pour le diplôme d’études universitaires scientifique et technique (DEUST), option théâtre, où j’ai obtenu le concours d’entrée. Ensuite, j’ai fait l’école Supérieure d’Art Dramatique du Théâtre National de Strasbourg. Parallèlement je suis allée au Festival d’Avignon comme spectatrice. J’en ai un souvenir très vif : mes premières pièces vues en plein air la nuit. Cela m’a beaucoup marquée, ce qui a confirmé ma passion pour le théâtre. J’ai commencé à travailler avec des amis de l’école avec qui on a fondé une troupe. On a joué des pièces spécialement écrites pour nous, notamment par Charles Chauvet : Stunt Action Show à partir d’une nouvelle de Jorge Luis Borges, ou encore La nuit animale qui évoque le sort du peuple indigène Yanomami de l’Amazonie : un rôle très physique qui évidemment raisonnait particulièrement en moi. J’ai aussi abordé le répertoire classique avec La Mouette d’Anton Tchekhov, mise en scène par Christian Benedetti, ou Antoine et Cléopâtre de Shakespeare. J’ai aussi joué dans En se couchant, il a raté son lit, une pièce de Daniil Harms (*).
AVoir-ALire : Et ce n’était pas un problème d’être de nationalité étrangère pour travailler en France ?
Isabel Aimé Gonzalez Sola : Au début non. Après avoir eu un statut d’étudiante, j’ai obtenu une carte de séjour "Compétences et talents". J’ai eu la nationalité française il n’y a pas si longtemps, après deux refus de l’administration. Pour l’anecdote, la policière qui m’a reçue la dernière fois a appris en parcourant mon cursus que j’avais joué dans Fête de famille de Cédric Kahn avec Catherine Deneuve en tête d’affiche, et comme elle aimait beaucoup cette actrice... Mais cela créé tout de même un petit choc par rapport à son pays de naissance, je ne suis plus seulement argentine désormais.
AVoir-ALire : Et comment êtes-vous arrivée au cinéma ?
Isabel Aimé Gonzalez Sola : Grâce à une amie du Conservatoire : j’ai passé des essais pour le film Renoir. Je n’ai pas été prise, mais la directrice de casting m’a dit : "Il vous faut un agent !" Je suis repartie vers le théâtre jusqu’à ce que je rencontre Fanny Minvielle qui est devenue mon agente. C’est comme ça que j’ai pu passer des essais et avoir un rôle dans Fête de famille. J’ai aussi fait de la télévision pour les séries Engrenages et La Révolution, puis Toutouyoutou. J’ai également tourné quelques courts métrages. J’aime beaucoup le cinéma, mais le théâtre reste pour moi vital. J’ai pu jouer mon premier rôle principal dans Las Corrientes.
AVoir-Alire : Justement, dites-nous en un peu plus sur Las Corrientes.
Isabel Aimé Gonzalez Sola : Mes choix se font d’abord en fonction de l’auteur et de l’originalité du sujet. Pour Las Corrientes qui m’intéressait, j’ai passé des essais avec d’autres avant d’être choisie. Milagros Mumenthaler, la réalisatrice, a un regard personnel sur le monde, qu’elle applique à son film. Elle propose une vision de la réalité qui met en péril nos certitudes et ce qui nous semble réel. Elle ouvre une porte différente : peut-être ce qu’on observe n’est pas si évident. J’aime cette approche, moi qui aime David Lynch ou encore Apichatpong Weerasethakul (**). J’ai eu beaucoup de plaisir à interpréter ce personnage complexe, qui doit se créer une vie intérieure. Elle observe le monde évoluer, reste difficile à saisir, et ne cherche absolument pas à plaire. J’aime beaucoup l’univers de cette cinéaste singulière et originale qui manie l’ambiguïté avec talent : une très belle expérience pour moi.
AVoir-ALire : Quels sont vos projets ?
Isabel Aimé Gonzalez Sola : Pour le théâtre, je répète actuellement Destierro, une création basée sur le texte de Daniela Labbe Cabrera, qui parle du Mouvement de la Gauche Révolutionnaire du Chili (le MIR). Une coproduction Théâtre des Quartiers d’Ivry et CDN (Centre Dramatique National) de Rouen, que l’on va présenter dans les deux villes à la fin de l’année puis en tournée dans toute la France.
Pour le cinéma, je passe des essais, mais rien n’est arrêté, et je suis retenue pour un film argentin qui va se tourner dans quelques mois.
Notes de la rédaction :
* Daniil Harms : dramaturge soviétique de la première moitié du XXe siècle) dont Isabel Aimé Gonzalez Sola aime beaucoup l’univers satirique.
** Apichatpong Weerasethakul : réalisateur thaïlandais, est notamment l’auteur de Oncle Boonmee (celui qui se souvient de ses vies antérieures), Palme d’Or au festival de Cannes 2010.

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