Le 31 mars 2026
- Dessinateur : Fernando Baldo
- Collection : Grand public
- Genre : Drame, Société
- Editeur : Dupuis
- Famille : BD Franco-belge
- Date de sortie : 20 février 2026
Une immersion sombre sur les routes empruntées par passeurs et clandestins.
Résumé : Awar est passeur, et dirige une équipe pour le compte d’un réseau entre le Proche-Orient et Londres. Son sang-froid est reconnu et craint, mais lorsqu’il croise une migrante kurde forte tête, ancienne du PKK, des souvenirs resurgissent et la carapace commence à se fissurer...
Critique : Décrire une filière criminelle est quelque chose qui a toujours intéressé le public, meurtres, drogue et prostitution étant des grands thèmes largement exploités par la littérature, le cinéma ou les séries. Les passeurs, avec leur réseau tentaculaire, s’étendant sur plusieurs continents, ce trafic de vies humaines à travers les routes et les mers, n’a pas la popularité des crimes cités précédemment. Pourtant, le potentiel est bien là, et c’est ce qu’a su saisir le journaliste Damien Perez, qui n’a pas voulu faire une enquête, mais bien un récit de fiction pour évoquer ce fléau moderne de la traite des destins. En prenant appui sur une filiale kurde, on pourrait se dire que cette histoire se réduirait à un acheminement d’un point A (la Syrie en proie à la guerre) à un point B (Londres, pays d’accueil particulièrement prisé, désolé pour la France). Mais en imbriquant des souvenirs de l’un des meneurs de l’opération, révélant un traumatisme profond, ce scénario ne fait pas qu’expliquer la violence, il la rend encore plus dure. D’ailleurs, d’autres personnages n’ont pas cette raison, mais utilisent, apprécient cette violence, qu’ils considèrent non seulement comme nécessaire, mais comme faisant partie des petits plaisirs du boulot.
© Dupuis / Baldo
Pour les migrants, cette vulnérabilité, incarnée ici par une femme seule, fouette les planches comme une cravache. Les couleurs tout d’abord servent ici à dessein à créer une ambiance de servitude, de lassitude et de dépérissement : comme la plupart des étapes du passage se déroulent soit de nuit, soit à l’arrière d’un camion sans fenêtre, tout y est sombre et lugubre. La lumière ne perce jamais dans ce récit, car tout doit se faire dans l’ombre, et l’ombre recèle son lot de choses aisées à dissimuler. Sans les montrer directement, on comprend que le viol, le meurtre ou simplement les coups sont des éléments tout à fait ordinaires de ces voyages, qui peuvent durer sur des semaines voire des mois. Autant de traumatismes que le dessin retranscrit très bien, avec une efficacité réaliste à même de choquer sans pourtant jamais tomber dans l’excès.
© Dupuis / Baldo
Ouvrage assez choc car traitant d’un thème largement sous-exploité alors qu’il concerne un nombre croissant d’êtres humains, Passeur(s) se veut une œuvre de fiction qui ferait penser à un film de David Cronenberg comme Les Promesses de l’ombre, d’une froideur et d’une efficacité redoutables.
160 pages – 25 €
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Galerie photos
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