Le 14 avril 2026
- Réalisateur : Olivier Masset-Depasse
- Acteur : Veerle Baetens
- Distributeur : Haut et Court
- Compositeur : Frédéric Vercheval
Entre tension hitchcockienne et exploration psychologique, les coulisses du film Duelles révèlent un travail très soigné. À l’occasion d’un entretien croisé, l’actrice Veerle Baetens, le réalisateur Olivier Masset-Depasse et le compositeur Frédéric Vercheval reviennent sur l’adaptation du roman de Barbara Abel, de la rigueur de la préparation physique des comédiennes à l’influence esthétique des années 60.
Olivier, lorsque vous avez lu le livre de Barbara Abel, Derrière la haine, avez-vous su dès le départ que vous vouliez l’adapter ? Comment vous êtes-vous projeté dans ce travail d’adaptation, notamment dans le choix de la distribution ?
Olivier Masset-Depasse : À la lecture, je me suis dit d’emblée qu’il y avait tous les éléments que je recherchais : une histoire intime, familiale, avec un côté hitchcockien. Pour accentuer ce dernier aspect, j’ai déplacé l’intrigue dans les années 1960 ; outre Hitchcock, mon autre référence était Douglas Sirk. Une fois ce choix fait, j’ai décidé de faire s’affronter dans le film les deux meilleures actrices belges : Veerle, d’une part, et Anne Coesens, d’autre part, ma femme et ma muse.
Il s’agit d’une histoire qui fait la part belle à la psychologie des personnages. Comment avez-vous abordé cela ?
OMD : On a beaucoup travaillé le rôle en amont, durant plusieurs mois. J’aime bien procéder ainsi avec les interprètes. Veerle et Anne ont préparé leurs rôles chacune de leur côté, et ensuite on les a confrontées.
Veerle Baetens : Olivier dirige très bien les acteurs, et il sait comment les préparer aux rôles. Ce n’est pas si fréquent, les cinéastes qui savent ce que c’est que jouer et développer un personnage en tant qu’actrice. J’ai appris des choses d’Olivier sur la préparation d’un personnage, sur les questions qu’il faut se poser à soi-même : quelle est l’attitude du personnage, son point de vue sur le monde, son centre de gravité ? Quand on joue Quasimodo par exemple, on met son centre de gravité dans l’épaule. J’avais appris cela de Mikhaïl Tchekhov, l’un des disciples de Stanislavski, qui prônait un jeu à la fois très cérébral et très physique. Comme une danse.
OMD : On ne peut plus vraiment penser quand on est sur un tournage – d’où l’importance, selon moi, d’être vraiment prêts. De faire ce travail préalable, effectivement à la fois intellectuel et physique, qui permet d’oublier ce qu’on fait pendant qu’on tourne. Mon job, en tant que réalisateur, c’est aussi “d’ouvrir les canaux” des acteurs, de faire en sorte qu’ils ressentent plus qu’ils pensent.
Ma logique, lors du tournage, est de pressuriser l’acteur, de le contraindre – pas physiquement, je précise – pour qu’il puisse puiser en lui. C’est aussi que, faire du cinéma est un chemin de vie ; on apprend encore et toujours. Je suis passé par les États-Unis, et les acteurs y ont des droits d’auteur sur les personnages qu’ils jouent. Pour un cinéaste, c’est plus difficile, on est moins libre. Si je prends l’exemple de Largo Winch : Le prix de l’argent, quand un acteur comme James Franco n’a pas envie de faire quelque chose, il ne le fait pas ! C’est une autre vision des choses, surtout quand, en tant que réalisateur, on arrive avec une idée bien précise en tête.
VB : Pour moi, un réalisateur qui procède comme Olivier, c’est un must. Plus le temps passe et plus je suis attentive à ça : à ce que pense le réalisateur d’un personnage, à la façon dont ce dernier est développé. D’autant que d’être passée moi-même à la réalisation avec Débâcle m’a beaucoup apporté : quand je travaille avec les acteurs et actrices, je connais leur anxiété. Être réalisatrice m’en a appris long sur moi en tant que comédienne, j’ai appris à avoir moins peur. En tant qu’acteur, on se sent souvent fragile, vulnérable. On est des enfants, sur un plateau, lorsqu’on doit aller puiser dans nos émotions. En tant que réalisatrice, j’avais l’impression d’être l’adulte – à la fois le papa et la maman.
Quant à vous Frédéric, comment avez-vous procédé pour la composition de la musique de Duelles ? Quelles étaient vos inspirations ?
Frédéric Vercheval : Olivier m’a fait lire le scénario avant le tournage, et j’ai d’ores et déjà commencé à chercher pour retrouver cette texture des années 1960, proche – en toute modestie – de Bernard Herrmann. Suite à quoi j’ai proposé deux thèmes.
Après le tournage est venu le montage et c’est là que le vrai travail a commencé, il a fallu confronter la musique aux images. Le film commence avec un thème, le principal, un thème en miroir qui représente la dualité des deux personnages. Puis, alors que l’intrigue avance, la musique se tord, devient dissonante et se rapproche davantage de résonance années 70. On partait donc de Hitchcock pour aller vers Brian De Palma.
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