Le 12 janvier 2026
- Réalisateur : Jean-Paul Salomé
- Distributeur : Le Pacte
- Festival : Arras Film Festival 2025
– Sortie en salle : 12 janvier 2026
Nous avons découvert le film de Jean-Paul Salomé à Arras Film Festival 2025 et avons échangé avec le cinéaste.
C’est à Arras Film Festival que nous avons découvert le polar de Jean-Paul Salomé. L’occasion d’échanger avec le réalisateur autour de sa passion pour le cinéma et de son amour pour ses personnages.
Votre film pourrait être qualifié de « Michael Mann à la française ». Une référence qui vous parle ?
C’est flatteur car il s’agit d’un réalisateur qui demeure une référence moderne du polar. Même si j’ai commencé à bâtir ma culture cinématographique avec des œuvres marquantes de l’après-guerre, comme les films de Jacques Becker, Jules Dassin ou Jean-Pierre Melville. Ce qui me touche chez ces cinéastes-là, c’est que ce sont avant tout des conteurs. Ils sont très proches de leurs personnages. Ce sont de formidables réalisateurs qui arrivent à véhiculer des émotions à travers des esthétiques différentes. Melville a une approche esthétique très éloignée de celle de Michael Mann et pourtant, leurs films sont tout aussi puissants.

- Copyright 2025 Guy Ferrandis - Le Bureau Films - Les Compagnons du Cinéma
C’est amusant que vous citiez Melville car l’esthétique de votre film semble s’inspirer directement de certaines de ses œuvres.
Cela vient tout simplement de ma fascination pour ce cinéma auquel je voulais rendre hommage mais sans chercher à l’imiter pour autant. Je pense toujours en priorité à ce que j’ai envie de montrer, faire ressentir, et j’utilise le cinéma pour cela et non l’inverse. Je ne veux pas mettre en avant mon travail de cinéaste au détriment des personnages et de ce que j’ai envie de raconter. C’est cet équilibre auquel il faut veiller et qui n’est pas toujours facile à trouver. J’aime m’inscrire dans une forme de classicisme que j’assume et qui ne me fait pas peur. Même si cela ne veut rien dire car ce n’est que dans vingt ans que l’on saura ce qui est classique et ce qui ne l’est pas. À un moment donné, chacun a sa manière d’aborder le cinéma. Pour ma part, j’essaie de raconter au mieux l’histoire que j’ai envie de raconter et de faire le cinéma que j’aime en utilisant ce que j’ai appris à faire. Je tâche d’être sincère, honnête, personnel et de ne jamais tomber dans des effets de mise en scène qui privilégieraient de simples effets de style.
Justement, comment avez-vous abordé la reconstitution des années 1960 ?
J’avais peur de plein de choses car je n’avais plus réalisé de films d’époques depuis longtemps. C’est une expérience que j’avais bien vécu sur le tournage d’Arsène Lupin qui était conçu comme une fantaisie mais j’avais éprouvé plus de difficultés sur Les Femmes de l’ombre parce qu’il s’agissait d’une histoire très forte où j’avais le sentiment d’être corseté par la reconstitution, le détail, le souci de l’époque au détriment de ce que j’avais envie de raconter, et de l’épaisseur humaine des personnages. À tel point que j’avais renoncé aux films d’époque suite à ce tournage. Et puis le temps a passé, j’ai fait d’autres films plus contemporains jusqu’à ce que je découvre cette histoire de faux-monnayeur dans les années 60 et je me suis dis qu’il fallait que je m’y remette. Je me souviens avoir échangé avec mon équipe, dont une partie me suit depuis Arsène Lupin, et avoir affirmé que nous allions refaire un film en costumes mais que cette fois, je souhaitais que l’on ne se disperse pas. Je voulais filmer cette histoire comme une œuvre contemporaine, sans me soucier de la reconstitution et des détails. C’était à mon équipe de gérer toutes les questions de reconstitution, pour qu’au moment du tournage je puisse me concentrer seulement sur les acteurs et ce qu’on allait raconter. De fait, je me suis senti incroyablement libre et soulagé. J’ajoute que nous avons aussi procédé à des choix de mise en scène car nous n’avions pas assez de budget pour nous permettre des folies visuelles. Nous avons donc resserré le cadre pour justement mieux nous recentrer sur les personnages. Ces choix se sont avérés extrêmement payants car ils ont servi l’histoire, même s’ils ont été préalablement guidés par la nécessité de faire entrer le film dans une économie maîtrisée et réaliste. C’est le rôle du cinéaste que de parvenir à exploiter au mieux les moyens qu’on lui donne pour faire le meilleur film possible.

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Votre film est effectivement les rapports entre vos personnages. Il y a d’abord cette histoire d’amour entre Bojarski et sa femme. Mais il y a aussi cette relation complexe et subtil entre Bojarski et l’homme qui le traque… qui offre d’ailleurs au film l’une de ses meilleures scènes lorsque ces deux personnages sont amenés à se rencontrer et se confronter !
Il y a deux couples dans ce film. D’abord, effectivement, Bojarski et son épouse qui ont vécu une histoire d’amour incroyable sur des années et des années, avec le poids d’un secret énorme qui a failli dynamiter leur couple et avec lequel il a fallu qu’ils vivent. C’était un enjeu fort pour le film comme pour moi car je n’avais jamais raconté une histoire d’amour qui se déroule sur vingt ans et qui soit aussi forte, belle et tendue. C’est ce que j’appréhendais le plus : réussir ces scènes intimes, les rendre émouvantes et crédibles.
En parallèle, il y a une autre histoire entre deux hommes, un poursuivant et un poursuivi, un policier et un faussaire. À travers cette traque de quinze ans, je voulais faire comprendre que ces personnages sont avant tout deux obsessionnels. L’obsession de Bojarski à fabriquer des faux billets de banque trouve écho dans l’obsession du commissaire Mattei à traquer cet homme. Ces deux obsessions se croisent et se confrontent dans la scène que vous citez, même si elle n’a pas existé dans la réalité. Mais en me positionnant en tant que spectateur, j’aurais envie que ces deux personnages se croisent dans une scène comme celle-ci. Je ne pouvais pas laisser le public sur cette frustration-là. Il n’y avait donc aucune raison de ne pas faire cette légère entorse à la réalité.
À titre personnel, je pourrais qualifier votre cinéma comme étant éclectique, populaire et généreux. Est-ce ainsi que vous concevez votre rapport au septième art ?
Les termes que vous employez font écho à la manière dont j’ai découvert le cinéma. Je ne suis pas un enfant de la Cinémathèque. J’ai grandi en banlieue. C’est là que j’ai construit ma cinéphilie, ainsi que sur les Champs-Élysées quand je venais à Paris. Je me souviens que lors d’un week-end de novembre 1970, alors que je n’étais qu’un enfant, j’ai découvert successivement Le Voyou de Claude Lelouch au Gaumont Ambassade, puis Le Cercle rouge de Jean-Pierre Melville au Gaumont Colisée. Les salles étaient pleines car il s’agissait de deux grands succès de cette époque. J’ai découvert deux cinéastes très différents, mais qui abordaient tous deux le genre du polar sous un angle personnel. De manière amusée, amusante et festive du côté de Claude Lelouch, puis de manière stylisée et noire du côté de Jean-Pierre Melville.
À la fin du week-end, j’ai annoncé à mes parents que je voulais faire du cinéma tant j’avais vécu ces expériences comme quelque chose de fondamental. Le fait qu’il y ait tant de spectateurs m’a également marqué. À tel point qu’aujourd’hui, je ne peux pas me lancer dans un projet sans être certain qu’il soit susceptible d’intéresser un large public. Je tiens à ce que les spectateurs vivent ce que j’ai vécu durant ce week-end qui a marqué mon enfance. C’est ce qui me stimule et me pousse à faire du cinéma.
Propos recueillis par Nicolas Colle
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