Le mystérieux regard du flamant rose de Diego Céspedes
Le 20 février 2026
- Réalisateur : Diego Céspedes
- Distributeur : Arizona Distribution
- Festival : Festival de Cannes 2025
– Sortie en salle : 18 février 2026
Le premier long-métrage du cinéaste chilien Diego Céspedes est une élégie à l’amour comme force de résistance à toute haine et discrimination.
Prix Un Certain Regard à Cannes 2025, Le Mystérieux regard du flamant rose, premier long-métrage du cinéaste chilien Diego Céspedes, est une élégie à l’amour comme force de résistance à toute haine et discrimination. Ce jeune prodige du cinéma chilien impressionne par sa poétique du regard, au nom de l’amour, cette puissance quasi mystique, qui renverse tout et tout le monde, à commencer par les plus endurcis, des mineurs perdus au cœur du désert chilien.
Dans la lignée des grands cinéaste du mélodrame, de Frank Borzage à Douglas Sirk, de Rainer Fassbinder à Paul Vecchiali, Diego Céspedes nous emballe le cœur et l’esprit au sein d’une famille, que l’ont dit recomposée - femmes, queer, homme, trans, gay et travesti, n’est-ce pas là la meilleur des communautés ?, qui tient une cantina. Dirigée par la maitresse des lieux, Mama Boa (Paula Dinamarca, magnifique femme trans senior amoureuse) ce cabaret de bric et de broc accueille les damnés du cœur, un lieu où s’épanchent les émois et désirs issus de pauvres hères égarés en mal d’amour. Mais un mal sévit, et il ronge autant les corps que les esprits.
Ce conte d’amour à mort nous est dévoilé sous le regard têtu d’une gamine, formidable Tamara Cortés dans le rôle de Lidia, la fille adoptée par toute la communauté.
Qu’est cette enfance que nous raconte le cinéaste ?
Tout d’abord, je voudrais vous remercier pour votre film, vraiment superbe. Il explore les chemins de l’amour sous de multiples angles, et je reste impressionnée par sa grande maturité. Mais comment l’avez-vous réalisé et d’où vient cette histoire ?
Je pense vraiment qu’il serait inexact de dire qu’une histoire ne vient que d’une seule source. Quand on la découvre sur grand écran, c’est comme se retrouver au cœur des montagnes russes ! Ce film est nourri de tant d’inspirations différentes… Lorsque des personnes très proches de moi l’ont vu, elles m’ont tous déclaré ceci : « Je sais que tu as fait ce film, parce qu’on y retrouve ton humour, ton côté dramatique, et parfois ta vision de la vie. » Il est donc profondément lié à la personne que je suis. Mais je peux vous citer quelques-unes des inspirations auxquelles je pense maintenant, mais ce ne sont pas les seules évidemment. Par exemple, je me souviens de la relation entre Lydia et Flamenco. Cela m’a rappelé des sentiments que j’ai éprouvés en voyant ma petite sœur vernir les ongles de mon grand frère pendant qu’ils papotaient tous les deux. Et je me souviens parfaitement avoir fait un dessin d’eux en train de se faire les ongles. Et c’est ce dessin qui figure dans le film. Même si j’ai transposé le récit dans le désert, c’est une histoire qui vient des banlieues, des quartiers pauvres. Je connais ces gens. Je sais comment parfois on crée et on choisit sa propre famille pour survivre, pour rechercher la tendresse. Ce sont des familles différentes que l’on a choisies, et cela me touche profondément. Mes parents avaient un salon de coiffure, et étaient entourés d’hommes gays, tous morts du sida. Je me souviens de ma mère qui parlait toujours de cette horrible maladie donnée aux hommes gays. J’étais jeune et j’en avais très peur, et nous n’avions pas accès à la vraie information. Dans le processus d’écriture, je m’inspire de récits et d’expériences vécus qui me touchent profondément.
Est-ce la peur qui vous touche ?
Non, pas vraiment. Au contraire. Je crois que c’est l’amour qui me touche. Au sein de ma famille, j’ai beaucoup observé ce sentiment de protection. Quand quelqu’un du groupe est vulnérable, il y a toujours une personne pour le protéger. C’est tellement beau pour moi. Et puis, quand j’ai commencé à parler avec Paula Dinamarca, qui jouait déjà Mama Boa dans mon court-métrage, nous sommes devenues amis. C’est véritablement là que j’ai commencé à apprendre beaucoup sur la communauté des trans et des travestis. J’ai pris conscience de ces familles choisies, auxquelles je me sentais tellement connecté. Cela me touche profondément, parce que j’ai vu quelque chose de tellement réel, humain, unique, nouveau à l’écran. C’est pour cela que j’ai eu envie d’écrire sur ce sujet.
Lidia est un personnage pur, sans préjugés aucun. D’où vient-elle ?
Lorsque vous travaillez avec des enfants, vous conservez vos instincts fondamentaux et plus instinctifs. Vous travaillez avec vos premières impressions, et non pas avec les préjugés des gens. Par exemple, lorsque vous racontez l’histoire de cette fille, elle ne se demande pas ce que les personnes qui la protègent ont entre les jambes. Ce qui est important pour un enfant, c’est simplement de voir si quelqu’un est gentil ou méchant avec lui. Si cette personne lui donne de l’amour ou autre chose. Et je pense que c’est pour cela que j’ai adopté ce point de vue, parce que cela donne un sentiment beaucoup plus naturel et clair, car elle suit ses émotions fondamentales. Lidia suit cet amour primaire, ce sens primaire de la protection.
Là, alors c’est magnifique, car ce que vous comprenez dès lors, c’est que tous les préjugés que nous avons entre nous, ces discriminations entre tous les êtres humains sont des constructions, ils ne sont pas réels. Ils ne proviennent pas de notre biologie. Ils sont des constructions du monde adulte. Donc, quand vous voyez les choses à travers les yeux d’un enfant, vous vous laissez guider par vos sentiments les plus purs. Et Lidia est une personne en transition, en train de passer de l’enfance à l’adolescence. Et c’est aussi une bonne chose, car ce qui se passe dans le film, à un certain moment, c’est qu’elle commence à être davantage exposée à l’autre monde. Et l’autre monde raconte beaucoup de choses négatives sur sa mère. À ce moment-là, elle se dit que ce qu’ils disent est vrai, ou que ce qu’elle a ressenti lorsqu’elle est tombée amoureuse d’elle est vrai. Qu’est-ce qui est réellement vrai ? Et c’est un point important dans le film, car la réponse sera toujours ce que vous vivez réellement avec cette personne, les sentiments et les émotions que vous vivez réellement avec les personnes, et non ce que les autres vous disent. La réalité, c’est ce que vous vivez, pas ce que les autres vous disent. Et c’est tout cela, toutes ces questions et toutes ces réponses, que vous apporte le point de vue d’un enfant. D’un autre côté, pourquoi raconter l’histoire de cette fille, par exemple, alors que cela pourrait être un garçon ? Je pense que c’est le personnage dont je me sentais le plus proche, car j’ai grandi dans une famille de femmes. Nous vivions tous ensemble dans une petite maison, avec mes sœurs et mes cousines. Mon frère et moi étions les seuls hommes à l’époque, et nous sommes tous les deux homosexuels. Il y avait tout le temps une énergie très féminine. Lidia partage énormément de traits de caractères qui existaient dans ma propre famille. Écrire le personnage de Lidia m’est venu très naturellement. C’est un personnage fantastique.

- La jeune Lidia serrée dans les bras de sa mère adoptive Flamenco
- © 2025 Weydemann Bros. / Les Valseurs / Quijote Films. Tous droits réservés.
Le film se situe en 1982, au cœur d’une mine dans le désert chilien. Vous avez même utilisé une archive. Nous découvrons des mineurs absolument déchirants, perdus et en quête d’amour.
Le Chili est un pays minier, encore aujourd’hui. Mais dans les années 80, c’était un véritable boom, amorcé dès la fin des années 60. Beaucoup de villes ont été créées pour accueillir les hommes qui travaillaient dans les mines. Il y a eu une période où, au milieu du désert, les mines avaient les villes les plus avancées en termes de technologie, car elles rapportaient beaucoup d’argent. Mais à un moment donné, elles ont commencé à devenir des villes fantômes, les compagnies minières ont fait venir beaucoup d’hommes afin de maintenir l’activité et, lorsqu’ils ne leur étaient plus utiles, elles les ont simplement abandonnés. Ces hommes étaient seuls, n’avaient pas fondé de famille. Ils travaillaient uniquement pour la mine. Ils gagnent de l’argent, mais ne construisent rien d’autre. C’est donc l’histoire de ces individus, des hommes qui se sont retrouvés dans une ville fantôme, certains handicapés ou incapables de travailler dans les mines, tous abandonnés par les sociétés minières. Ils restent là, et certains essaient de créer quelque chose, encore avec les mines. Alors que les plus vieux ne sont plus autorisés à travailler.
Un mot n’est jamais utilisé dans le film, alors que la maladie se propage
On évoquait le cancer rose au lieu de dire le mot SIDA. Encore au début des années 80, beaucoup de mots étaient utilisés pour raconter ce qui se passait, mais la transformation vers la reconnaissance d’une véritable maladie a commencé aussi à cette période, où la prise en compte de la réalité l’a emporté sur tous les mythes. J’ai choisi cette période en particulier parce qu’il y a eu une transition vers la vérité : beaucoup de mythes étaient encore très vivants, parce que tout le monde voulait expliquer ce qui se passait. Je me souviens avoir lu un livre sur le sida au Chili, dans lequel je suis tombé sur une citation disant que les gens étaient tellement dégoûtés par les malades qu’ils ne voulaient pas les regarder dans les yeux. Et je me suis dit que cela pouvait être vrai dans une ville minière isolée du Chili, dépourvue d’informations, car le Chili est un pays de mythes. Dans le nord et le sud du Chili, il existe de nombreux mythes pour tout, certains sont liés aux viols ou à des événements horribles. Cela peut paraître fou ou étrange, mais je me disais que ce mythe du mystérieux regard du flamant rose pouvait aussi être vrai, que les individus et surtout les mineurs pouvaient le croire.
Dans votre film, le regard est un puissant vecteur du lien à autrui, érotique et même mystique.
Le regard est tellement poétique, cinématographique et humain, et dans ma vie quotidienne, il me touche profondément. Aujourd’hui, dans notre société où nous passons notre temps à regarder nos téléphones, où nous sommes si connectés à la technologie, Il est très difficile de voir une autre personne à travers ses yeux et de communiquer par le regard. Même avec les personnes que l’on aime, c’est très difficile. Je crois sincèrement que lorsqu’on regarde quelqu’un dans les yeux, on peut voir beaucoup de choses. On peut établir des liens. On peut voir si elle s’ennuie, si elle est heureuse, nostalgique, émotive. On peut voir beaucoup de choses. Mais nous avons perdu cela. Et quand on met cela dans un film et qu’on interroge le regard, quand on met le regard dans un mythe, on interroge simplement la manière la plus fondamentale dont les êtres humains établissent des liens. On se demande : l’amour est-il une maladie ? Est-ce que la connexion humaine fondamentale est une maladie ? Cela vous donne donc l’occasion de parler de tant de choses lorsque vous remettez en question le regard, lorsque vous voulez parler du regard. C’est une porte ouverte, poétique, à la réflexion sur l’âme des gens. Quand vous parlez du regard, vous parlez de la chose la plus profonde chez un être humain, que l’on peut percevoir en quelques secondes.
Où avez-vous tourné votre film, dans quel désert ?
Il a été tourné dans le désert d’Atacama, à Copiapó, l’une des dernières villes du désert. J’ai choisi le désert parce que, premièrement, je pense qu’en tant que Chiliens, même si nous n’avons pas grandi dans le désert, nous sommes bercés par énormément de mythes sur le Nord, c’est un endroit très mythique. Pour nous, c’est l’endroit d’où vient l’économie, très proche de nous mais où personne ne va. C’est donc un lieu entouré de mystères. J’étais donc très attiré par cet endroit, par ce mythe également. Et surtout j’ai cru en cette famille, avant toute autre chose. Je connaissais l’existence de ces sociétés minières dirigées par des hommes : c’était l’endroit idéal pour créer un contraste entre cette famille haute en couleur et ce monde dur et fort, très aride, dirigé exclusivement par des hommes. Lorsque vous mettez ces mondes ensemble, le contraste est plus grand. En outre, j’ai toujours cette image des filles de la cantine et de cette famille, une fleur colorée et étrange qui pousse dans le désert aride certes mais qui néanmoins réussit à sortir de terre et à grandir. Le désert est aussi cet espace qui procure des sentiments humains tels que la solitude et la grandeur.
Propos recueillis par Nadia Meflah
Galerie photos
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