Le 21 mars 2026
- Réalisateur : Aurélien Vernhes-Lermusiaux
- Distributeur : ARP Sélection
– Sortie en salle : 25 mars 2025
À l’occasion de la sortie de son nouveau film La couleuvre noire, le réalisateur Aurélien Vernhes-Lermusiaux a accepté de répondre à nos questions.
Le Français Aurélien Vernhes-Lermusiaux nous propose un nouveau film entièrement tourné en Colombie. Il nous fait partager cette exceptionnelle expérience.
AVoir-ALire : Pouvez-vous décrire le parcours qui vous a conduit à devenir cinéaste ?
Aurélien Vernhes-Lermusiaux : J’ai grandi dans un village de 600 habitants à côté des Causses du Quercy dans le Lot. Donc, dans un milieu très éloigné du cinéma. Je suis un peu l’exception de la famille où l’on est plutôt paysan ou artisan. On s’est souvent demandé pourquoi ce goût et cette envie de cinéma. Ce qui est formidable, c’est qu’on ne m’a jamais empêché de me diriger vers cette voie, alors que dans mon entourage personne n’était artiste. On m’a laissé évoluer avec ma fascination pour le cinéma. J’ai très vite compris que ce que je voulais, c’était raconter des histoires. Je n’avais par contre aucun désir d’être comédien. Pendant l’enfance, je réalisais des bandes dessinées : déjà créer une narration, monter un récit. Dans mon parcours, j’ai essayé d’avoir le plus tôt possible un enseignement autour du cinéma. Je suis donc parti de mon Lot local pour aller en Corrèze à Brive-La-Gaillarde afin d’intégrer un lycée avec option cinéma. J’ai eu la chance d’avoir un enseignant très pointu qui m’a donné accès à un cinéma différent. Il m’a permis de voir des films de Stanley Kubrick, Robert Bresson, Michelangelo Antonioni.... Très tôt, il m’a incité à avoir une cinéphilie la plus large possible, une curiosité vers d’autres territoires, d’autres pays, des œuvres avec des temporalités différentes, moins calibrées. Parce qu’à part Kubrick (dont j’avais vu le Shining comme presque tous les adolescents de mon âge), je ne connaissais pas les autres : on peut aussi ajouter la découverte de Dino Risi, de l’Indien Satyajit Ray, d’Éric Rohmer, de Jean Renoir (dont je ne connaissais que La règle du jeu), sans oublier le cinéma japonais avec Yasujirō Ozu. Malgré une certaine résistance parfois de ma part face à ces découvertes, ce sont pourtant ces films-là qui ont fait ma cinéphilie et m’ont définitivement amené vers le cinéma que j’ai envie de faire. Cette option cinéma m’a surtout permis de franchir une étape énorme que j’ai complété à Toulouse par un BTS audiovisuel, option métiers de l’image, me conduisant vers la fonction de chef opérateur.
Je voulais acquérir la connaissance des outils techniques pour rééquilibrer la part théorique que j’avais pu apprendre au lycée. Derrière, j’ai fait la fac cinéma et philosophie en double cursus jusqu’au mastère 2. À cette période, j’ai encore creusé ma cinéphilie en travaillant par exemple sur Andreï Tarkovski que j’aime beaucoup. Après, j’ai fait le "Fresnoy", le Studio national des études en arts contemporains, et pour finir mes études, j’ai intégré l’Atelier Scénario de la "Fémis". J’ai toujours essayé de trouver des études dans lesquelles je pouvais à la fois concilier la théorie et la mise en pratique. Pendant les vacances scolaires, j’ai travaillé sur des films pour différents cinéastes, à des postes variés : j’ai fait de la régie, j’ai été assistant réalisateur, chef opérateur... sur tout type de projets : courts métrages, documentaires, fictions. Cette combinaison m’a permis d’arriver où je suis aujourd’hui, tout en sachant que depuis le premier jour j’avais envie de faire des films. Encore une fois, même s’il y avait au début une part abstraite parce que je ne savais pas comment fabriquer des films, je l’ai appris au fur et à mesure, mon enseignement et ma pratique m’ont permis de conforter ce désir-là. J’aurais pu me dire tout simplement : j’ai envie d’être chef opérateur, scénariste, ou encore monteur ; non, j’ai toujours eu cette envie de raconter des histoires, de m’approprier des éléments pour essayer de construire un monde personnel.
AVoir-ALire : Vous avez d’abord commencé par des courts métrages ?
Aurélien Vernhes-Lermusiaux : Oui, j’ai fait sept courts métrages de fiction et quelques documentaires. Ce sont des films très différents, alors que pourtant ils parlent tous du même thème, comme La couleuvre noire d’ailleurs. Il est toujours question de mémoire, de traces, d’héritage et de deuil : comment vivre avec ce qui reste, ce que l’on nous a légué ? Par contre, formellement, j’adore aller dans des endroits différents. Mes films se ressemblent peu, cela était déjà vrai avec mes courts métrages. C’est important de considérer des formes et des enjeux plastiques multiples. Le court métrage devrait être un vivier d’expérimentation beaucoup plus fort. En long métrage, j’essaie d’aller dans le même sens. Avec Vers la bataille, j’ai fait "mon" film d’époque, La couleuvre noire est très sensoriel et contemplatif, et le prochain sera plus proche du drame social. Je n’ai pas envie de répéter les mêmes films. Je parle du travail de forme. Les thématiques sont toujours là, mais finalement en les abordant sous des formes différentes. Cela me permet de questionner ces enjeux de récit.
AVoir-ALire : Comment est né le projet de La couleuvre noire avec un tournage dans le désert colombien de la Tatacoa ?
Aurélien Vernhes-Lermusiaux : Ce n’était pas du tout prémédité ! C’est ce qui est passionnant. Dans notre métier de cinéaste, on a des projets que l’on construit à la source : on a envie de raconter quelque chose ou quelqu’un, un parcours. Ce projet est né d’une rencontre avec un territoire, et j’insiste sur le terme de rencontre, parce que si je n’étais pas allé dans la Tatacoa, le film n’existerait pas. Je ne connaissais pas l’existence de cette région de Colombie avant d’y aller. Je l’ai découverte en faisant les repérages pour mon premier long Après la bataille. On m’a amené là-bas, je ne l’ai pas retenue pour y tourner à l’époque. Mais quand je l’ai traversée, j’ai énormément été troublé. Troublé au-delà de la simple notion "Le territoire est beau". Quand j’en suis sorti, j’en ai gardé un rapport sensoriel au lieu. Cela m’a renvoyé à ma petite enfance dans les Causses du Quercy, en y trouvant une vibration de territoire un peu enfouie en moi et qui a ressurgi à ce moment-là. J’ai gardé en tête le souvenir troublant du lieu sans vraiment identifier pourquoi.
J’ai aussi beaucoup repensé à ma grand-mère qui possédait le don de soigner, et qu’enfant j’ai vu exercer. Ce don qu’elle m’a légué, mais que je n’utilise pas, a eu beaucoup de résonance pour moi avec les médecines alternatives qui sont encore couramment pratiquées dans le désert de la Tatacoa.
J’ai écrit le scénario pendant la pandémie. Le territoire est sublime, peu connu, et il faut protéger. En parler, c’est déjà valoriser le lieu et ses habitants qui vivent dans des conditions extrêmes, avec pourtant une dimension humaine très universelle.
AVoir-ALire : Vous n’avez jamais pensé, en tant que Français, a introduire un personnage étranger ?
Aurélien Vernhes-Lermusiaux : Non, cela aurait pu, mais aurait été un tout autre film. J’ai l’impression qu’essayer de raconter une histoire propre aux habitants de la Tatacoa me permettait de garder la bonne distance. En même temps, Ciro, le personnage principal, est quelque part un étranger dans sa propre famille, qui va se réconcilier avec son territoire.
AVoir-ALire : La barrière de la langue a t-elle été un problème ?
Aurélien Vernhes-Lermusiaux : Certes, c’est une particularité de ce film mais paradoxalement cela n’a pas été un souci. Ça génère évidemment des frustrations dans l’échange direct, mais j’avais une assistante locale qui m’accompagnait en permanence. Curieusement, cela m’a permis d’améliorer ma direction d’acteurs en m’obligeant à être beaucoup plus à leur écoute. J’ai plus travaillé sur le tempo et la musicalité. On a parfois tendance, avec les acteurs français, moi le premier, à donner trop d’indications. À part l’acteur qui joue le rôle du père de Ciro et l’actrice qui interprète la maman de la petite fille, tous les autres sont des non-professionnels. Je me suis donc contenté d’indications simples : ils installaient une humeur que je sculptais, je leur disais de marquer un peu plus ou un peu moins leurs intentions. Tous connaissaient le scénario. Les dialogues ont été réécrits avec eux, le cas échéant, pour être le plus près possible de la réalité locale. J’ai aussi beaucoup travaillé avec les corps, les regards et les silences.
AVoir-ALire : Comment avez-vous ressenti les premières réactions des spectateurs lors des avant-premières ?
Aurélien Vernhes-Lermusiaux : Je suis surpris au bon sens du terme. Pour un film contemplatif et sensoriel, il a été très bien reçu et les intentions que j’y ai mises ont été très bien comprises, y compris chez les plus jeunes. Et, je suis vraiment très satisfait d’avoir pu faire découvrir un territoire inconnu de tous qui suscite la curiosité.
AVoir-ALire : Pouvez-vous nous parler de votre prochain film ?
Aurélien Vernhes-Lermusiaux" : Le garçon chancelant, que je prépare en ce moment, est un drame social contemporain, davantage construit sur la parole. Cette fois, l’interprète principale est connue, ce qui sera nouveau pour moi. Mélanie Thierry a d’ores et déjà accepté le rôle. L’action va se dérouler entre Marseille et l’Éthiopie : une confrontation entre un monde très urbain et une région sauvage. Il y aura aussi une dimension d’héritage et de transmission. On porte une vigilance particulière aux conditions de tournage en Éthiopie, qui peut s’avérer politiquement instable. Si les conditions ne sont pas réunies, on adaptera le scénario pour filmer ailleurs. Le tournage devrait débuter en janvier 2027.

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