Le 19 février 2026
- Chanteur : Thomas Fersen
- Compositeur : Thomas Fersen
- Label : tôt OU tard
En amont de son concert au Cèdre à Chenôve (Côte d’Or) le mardi 24 février 2026 en soirée, Thomas Fersen a eu l’extrême gentillesse de répondre à quelques questions, ce dont nous le remercions chaleureusement.
aVoir-aLire : Vous êtes parisien depuis toujours, roannais de par vos racines, si je ne me trompe pas ?
Thomas Fersen : Mes parents sont nés à Roanne, oui. Moi je suis né à Paris même.
aVoir-aLire : Du coup, vous avez plutôt l’âme citadine, campagnarde, ou oserais-je dire vagabonde ?
Thomas Fersen : Non, je suis plutôt entre la sédentarité et le nomadisme. Ma vie hésite puisque je suis un peu les deux, un peu nomade et un peu sédentaire, un peu comme "belle et gard dans un même corps."
aVoir-aLire : Comment gardez-vous votre capacité d’émerveillement intacte ?
Thomas Fersen : Par le langage et l’amour.
aVoir-aLire : Je vais reprendre des propos du journal La Croix, en 2019. Le journal La Croix vous a qualifié de "fabuliste flamboyant". Est-ce que ces deux termes vous résument bien, selon vous ?
Thomas Fersen : Flamboyant, cela serait un peu vaniteux de ma part de me qualifier ainsi. Fabuliste, oui. Sauf qu’il n’y a pas de morale dans mes fables.
aVoir-aLire : Nous allons revenir un petit peu à votre dernier album, justement, Le Choix de la reine sorti le 28 février 2025. Pourquoi un best of aussi novateur ? Est-ce un défi lancé à vous-même, ou une volonté de revisiter certains de vos classiques pour surprendre votre public ?
Thomas Fersen : Surprendre : il faut toujours surprendre quelqu’un qui vient au théâtre, parce que le public vient pour cela. Il vient pour vivre un moment unique. Il vient pour vivre un spectacle dans l’instant présent, et c’est ce qu’on appelle le spectacle vivant. Le spectacle vivant, c’est ça. Il faut faire appel à la capacité d’adaptation. Le théâtre a une vie personnelle, un mystère, un monde invisible, et ensemble, avec le public, dans un spectacle, on va essayer de montrer le visible. Tous les soirs, c’est différent. Il y a quelque chose d’un petit peu mystique à chaque fois, au-delà des moments de préparation. Bien sûr qu’on travaille, qu’on ne vient pas les mains vides, et on a beaucoup travaillé avec Clément Ducol sur les arrangements du disque et du spectacle, c’est neuf.
aVoir-aLire : L’orchestration est vraiment bluffante, non ?
Thomas Fersen : Oui, ce ne sont pas des percussions comme on peut l’entendre tout communément, parce que souvent, quand on pense percussions, on pense boom-boom. Non, ce sont des claviers qui chantent des mélodies, qui chantent des harmonies.
aVoir-aLire : En effet, la musique est très poétique aussi.
Thomas Fersen : Oui, très expressive, très délicate, et puis ces volutes qui se déplacent dans les airs, qui tournent, qui louvoient, c’est très très joli. Je partage votre goût, en tout cas.
aVoir-aLire : Une tournée, c’était un peu un marathon pour tout musicien. Comment garder une énergie sans cesse renouvelée sur scène, justement ?
Thomas Fersen : Sans cesse renouvelée, parce que je ne fais pas de marathon, mes dates ne s’enchaînent pas, j’en fais trois maximum de suite. Donc, je vais toujours me ressourcer.

- Thomas Fersen
- Copyright Vincent Delerm
aVoir-aLire : Pouvez-vous nous parler brièvement de votre premier roman, Dieu sur Terre, sorti en février 2023 ?
Thomas Fersen : Oui, Dieu sur Terre, c’est la première partie de l’existence, la jeunesse de l’existence de mon personnage de chanson. C’est un personnage que j’alimente en chanson depuis trente ans, et dont j’ai eu envie de raconter la biographie fantaisiste. Évidemment, en empruntant beaucoup à la mienne, mais en la romançant énormément pour ce personnage. Et là, en ce moment, je suis en train de remettre au Seuil un manuscrit pour les aventures de mon personnage en Amérique centrale, voyage que j’ai fait en 1986. Le prochain s’appellera Comme on porte un imperméable. Il fera l’objet d’un spectacle comme le premier, Dieu sur Terre.
aVoir-aLire : Quelles ont été vos influences musicales et poétiques majeures ?
Thomas Fersen : Mes influences musicales, m’ont été données par une de mes sœurs et à travers le mur de sa chambre. Puis après, j’ai acheté des disques des artistes que je me suis fait découvrir. Quant à la poésie, j’ai toujours été sensible au langage. La première poésie, c’est celle que j’ai entendue dans la cour d’école. C’est le langage de la rue. D’accord. Et puis, c’est l’oralité. Je viens de l’oralité, moi. J’ai appris le langage par l’oralité et j’ai écrit dans l’oralité.
aVoir-aLire : La chanson est-elle littérature ?
Thomas Fersen : Non, le problème n’est pas là. Je dirais que la chanson est langage. Le langage structure le cerveau. Le langage est une façon de dire avec clarté ce qui est trouble. On peut le faire en chanson, on peut le faire en littérature ou dans la rue. En poésie, etc. Le langage, c’est merveilleux.
aVoir-aLire : Vous vous produisez pour la seconde fois en Côte d’Or en peu de temps, donc au théâtre Gaston-Bernard à Châtillon-sur-Seine, le 30 janvier dernier, si je ne me trompe pas. Et à venir, on l’a déjà dit, le Cèdre à Chenôve, le 24 février. Avez-vous une affection particulière pour notre petit coin de parapluie... pardon, de paradis ?
Thomas Fersen : J’aime beaucoup la Bourgogne, Dijon. J’aime beaucoup la Bourgogne et je citerais pour ça un livre de Romain Rolland qui s’appelle Colas Breugnon. C’est un très, très beau livre. C’est Colas Breugnon qui m’a fait aimer la Bourgogne plus encore que ses vins. Mais j’adore les vins de Bourgogne. J’ai rencontré, la semaine dernière, un vigneron qui m’a fait goûter des vins formidables.
aVoir-aLire : Ensuite, je voulais vous poser une question par rapport au cinéma, en fait. Parce que sur aVoir-aLire, on met particulièrement en avant le cinéma. Donc, quel est votre rapport au cinéma, justement ? Vous êtes apparu dans certains films. Que pensez-vous des bandes originales de films ? Il y en a plusieurs que vous affectionnez ?
Thomas Fersen : Je vais voir le site d’un des films dans un cinéma (nom pas saisi de ma part ?), rue Ménilmontant ; c’est devenu une épicerie. Et j’y ai vu les westerns de série B, mais aussi des beaux westerns. Donc, il y en a certains qui m’ont marqué, influencé dans ma narration. Notamment, il y a eu Il était une fois la Révolution de Sergio Leone, et cette musique extraordinaire d’Ennio Morricone. En fait, je mettais ces disques de musiques de films dans ma chambre, sur mon tourne-disque. Et je jouais, je faisais du théâtre à partir d’histoires que j’inventais sur ces musiques. Je mettais la musique, je me déguisais, et je jouais avec mon polochon qui était mon partenaire de théâtre. La porte fermée, mes parents ignorant cette activité, et moi-même ignorant que cette activité, c’était du théâtre.
aVoir-aLire : Nous allons jeter un petit coup d’œil dans le rétro maintenant. Si je vous dis Le Bal des oiseaux, qu’est-ce qui vous vient spontanément à l’esprit ?
Thomas Fersen : Le piano-bar au sous-sol d’un restaurant thaïlandais.
aVoir-aLire : Quelle serait votre playlist idéale ? Playlist, entre guillemets. Si vous deviez partir sur une île, avec pour seule compagne ou pour seule compagnie, la musique ?
Thomas Fersen : J’emmènerai Mozart et Bach. Peut-être Wagner.
aVoir-aLire : Il y a une chanson inédite dans l’album Le Choix de la reine, Blasé, si je ne me trompe pas. Elle est écrite en alexandrins, n’est-ce pas ?
Thomas Fersen : Pas du tout (Il chantonne). Ça ne s’entend pas normalement en français. En fait, elle a été effectivement écrite en alexandrins.
aVoir-aLire : Mais il y a une césure à l’octosyllabe ?
Thomas Fersen : Oui. Il y a une césure au huitième pied avec une rime résonante.
aVoir-aLire : D’accord, césure au huitième pied. Cela paraît un exercice de style difficile. Pour moi, j’écris un peu et je fais des alexandrins mais je fais une césure au sixième pied.
Thomas Fersen : C’est compliqué. Et en même temps, ça casse, je trouve, un petit peu le... Je trouve que dans l’alexandrin, c’est un petit peu trop, comment dire, académique.
aVoir-aLire : J’avais aussi une question sur la scène. Brel parlait du trac qu’il avait en permanence en public, vous voyez un peu de quoi je parle : avez-vous ou non une pointe d’appréhension lorsque vous allez sur scène, lorsque vous entrez en scène, ou êtes-vous maintenant totalement libéré, ou en tout cas vous sentez-vous à l’aise ?
Thomas Fersen : Le trac est quelque chose d’imprévisible et de neurologique, j’ai envie de dire. C’est une chimie dans le cerveau difficile à connaître. Après, on peut apprivoiser, et puis après, on finit par se sentir bien sur scène. Donc, c’est se sortir du monde brutal et absurde et entrer dans un monde irréel. Vous n’êtes plus comme dans la vie de tous les jours à vous projeter dans le futur ou dans le passé. Vous êtes ancré dans le présent comme dans les moments latents, qui sont les émotions, les naissances, les amours, et malheureusement les drames aussi. Le présent est difficile à attraper quand on est vivant. C’est quand on met le pied sur une planche et que les gens vous regardent et vous attendent, il y a quelque chose qui va nous ancrer dans le présent.
aVoir-aLire : Dans une question précédente, j’ai employé le terme de public. Au départ, dans ma question, j’avais mis le mot fan. Mais je trouve que le mot fan renvoie à star, et je ne sais pas si vous acceptez ce statut.
Thomas Fersen : Non, pas du tout. Le problème n’est pas d’écraser les autres et de jouer sur le mythe de la réussite. Nous, on est là pour entraîner les gens quelque part pour qu’ils se découvrent eux-mêmes.
aVoir-aLire : Donc, la musique, la poésie, le langage, comme vous le dites, cela vous est venu tout petit, en fait ?
Thomas Fersen : Oui, j’ai toujours eu le goût de ça.
aVoir-aLire : Et c’est quelque chose qui vous suit, qui vous accompagne, tous les jours ?
Thomas Fersen : Jusqu’à l’hôpital, je suis à l’hôpital. À l’hôpital, j’écris, j’observe, je me projette.Le langage, l’écriture, la création, ça sauve de tout.
aVoir-aLire : Le côté cathartique, ou plutôt une brèche ouverte sur l’imaginaire, permet-il de s’évader ?
Thomas Fersen : L’imaginaire, ça sauve de tout. La création, c’est quelque chose qui échappe au temps et à l’espace.
aVoir-aLire : Ce que j’ai retenu dans votre biographie, c’est que votre première claque, entre guillemets, musicale, concernait les Clash, je crois, en concert aussi.
Thomas Fersen : Ce n’est pas une première. Oui, oui, cela a été important dans ma vie. La première claque, c’est Ennio Morricone, la musique que j’entendais à travers les murs de ma chambre, etc. Mais quand c’est arrivé, c’est qu’effectivement j’étais en pleine crise d’adolescence, c’était ma génération, et j’ai rencontré là des frères.
aVoir-aLire : Et comment est-ce qu’on se trouve ? Par exemple, Thiéfaine disait au départ, qu’il était tellement, comment dire, pris par Ferré, pris par l’univers de Ferré, qu’il faisait du sous-Ferré avant de faire du Thiéfaine. Comment avez-vous fait du Thomas Fersen ?
Thomas Fersen : C’est dangereux parce que Ferré, c’est évidemment un très grand artiste, mais parmi les artistes, certains vous mettent le pied à l’étrier, vous emmènent ; d’autres vous castrent, et je crois qu’il y a une génération, toute une génération d’auteurs-compositeurs qui ont été castrés par Ferré, je ne dis pas ça du tout pour Hubert-Félix Thiéfaine. J’ai été emporté, de mon côté, par Trenet. La liberté dans la fantaisie, même la liberté dans l’écriture. J’adore Brassens, par exemple. Brassens est d’une telle rigueur qui est assez contradictoire avec ses propos libertaires. Mais j’adore Brassens. Il est d’une telle contradiction. Cela me fait penser à ce que disait Jean Genet en prison : "Il faut écrire dans la langue des maîtres." Ça me plaît beaucoup.
aVoir-aLire : D’accord et comme Brassens (pardon, on revient à lui, avez-vous aussi une autodiscipline, une discipline de travail ? Vous levez très tôt ? Fonctionnez-vous par fulgurances, par périodes ? Quand vous élaborez des chansons, est-ce spontané, réfléchi, ou les deux à la fois ?
Thomas Fersen : J’écris moins de chansons depuis que j’écris beaucoup de livres. Par contre, ce qui me permet l’écriture de livres, c’est que je peux la faire absolument partout. Et comme je le disais tout à l’heure : même à l’hôpital.
aVoir-aLire : D’accord, mais vos livres sont... poétique aussi ?
Thomas Fersen : Oui, c’est exactement le même langage. C’est une continuité de l’écriture de mes chansons. Au départ, c’était des chansons pas chantées, des premiers textes que je disais dans les spectacles. Et puis, quand j’ai voulu les réunir, pour en faire quelque chose, cela n’a pas marché. Vous verrez, il y en a quelques-unes lors du spectacle. J’ai dû m’adapter et cela a fonctionné. Des perspectives nouvelles se sont ensuite ouvertes à moi, alors que dans la chanson, elles se fermaient peu à peu. Je me suis mis à l’écriture de livres parce que je me suis senti tout de suite très libre. Comme au début de ma carrière d’auteur de chansons.
aVoir-aLire : D’ailleurs, vous avez publié certains livres aux éditions Les 400 Coups, non ?
Thomas Fersen : Ça, c’était des chansons...
aVoir-aLire : Il s’agissait des chansons, je me trompe, oui.
Thomas Fersen : Des chansons qui ont été mises en illustrations.
aVoir-aLire : Je vais me dépêcher de prendre une place au Cèdre à Chenôve car cela part vite.
Thomas Fersen : À bientôt alors.
aVoir-aLire : Merci à vous. Au revoir.
Thomas Fersen : Au revoir.
Propos recueillis par Éric Françonnet
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