Le 14 janvier 2026
- Réalisateur : Abd al Malik
- Acteur : Makita Samba
- Distributeur : Memento Distribution
- Festival : Festival d’Angoulême 2025
Nous avons échangé avec ces deux artistes engagés lors du Festival du Film Francophone d’Angoulême 2025.
Le cinéaste Abd al Malik et le comédien Makita Samba se sont longuement confiés à nous sur l’aventure d’une vie qu’aura été le tournage de Furcy, né libre. Une rencontre forte et engagée avec deux artistes qui le sont tout autant.

- Festival film francophone Angoulême 2025. Abd Al Malik - Vincent Macaigne - Makita Samba
- Copyright Claudine Levanneur
Votre film s’avère passionnant… alors qu’il aurait pu être particulièrement ennuyeux. Il y est surtout question du droit et de la manière il définit la notion de liberté. Est-ce bien le cœur battant de cette histoire ?
Abd al Malik : Je voulais effectivement rappeler que la France est un pays de droit. Le personnage de Furcy prend l’arme de son oppresseur et la retourne contre lui en affirmant que s’il est né libre selon ce qu’affirme le droit, alors il faut lui rendre sa liberté. En faisant cela, il s’inscrit dans une démarche jurisprudentielle et, de jurisprudence en jurisprudence, on obtient une justice plus juste. J’ai vu dans cette histoire une dimension de thriller où l’on doute : le personnage va-t-il réussir ou non à aller au bout de son combat ? Par ailleurs, je suis convaincu que si l’on veut vraiment changer les choses, on doit travailler au niveau des institutions. À partir de là, le rapport au savoir, à la connaissance, à la culture, est essentiel, voire vital. Pour moi qui suis opposé à toute forme de violence, ce qui me séduit dans la figure de Furcy, c’est qu’il incarne le cœur même de ce qui fait notre pays. La France est un pays de droit, de justice, avec des valeurs, des principes. En cela, j’espère avoir fait un film réconciliateur, pour que l’on soit capable de regarder tous ensemble notre histoire collective la plus obscure, la plus dure. De cette façon, nous pouvons essayer de travailler tous ensemble à un esprit de réconciliation. Le cinéma permet cela. C’est un médium qui nous permet de faire peuple, de faire France, de faire Europe. C’est l’idée de ce film et le combat de Furcy.
Makita Samba : Dès la lecture, j’ai été passionné par ce que cela signifiait d’être libre par le droit. Comment on peut s’arranger avec les règles ? C’était passionnant d’écouter et de se placer par rapport à cela. C’est un rêve pour un acteur que de jouer la vie entière d’un personnage. Ce rôle a participé à l’éveil de ma conscience politique. Je crois que je choisi mes projets ainsi. Il faut qu’ils m’apportent beaucoup. Malik est quelqu’un de très politisé mais surtout de très poétisé, et bien sûr de très fédérateur. J’ai été un des premiers à intégrer cette aventure et j’ai vu toute l’équipe nous rejoindre peu à peu en étant emportée par la personnalité rassembleuse et fédératrice de Malik.
Le fait que le film soit aussi accessible, c’est probablement parce que vous avez réussi à le rendre poétique. Une notion qui vous parle ?
Abd al Malik : Je suis un artiste pluridisciplinaire mais ce qui lie toutes les disciplines artistiques que je pratique assidument, c’est la poésie. Elle dit l’indicible. Elle montre l’invisible. Elle fait entendre ce qui ne s’entend pas. Elle parle a notre âme, à notre humanité la plus profonde. C’est le langage des cœurs. Alors, certes, je voulais raconter une histoire précise, dans une époque précise, avec ce que cela suppose en termes de reconstitution, de documentation, mais mon film reste une fiction. Je ne suis ni un historien, ni un homme de droit. Je suis un raconteur d’histoire. Je devais donc veiller à ce que le film respecte l’esprit de la vie de cet homme. Et qu’est ce qui respecte mieux l’esprit d’un homme que la poésie ? Dès lors, on s’inscrit dans une démarche visuelle poétique. Avec des mouvements particuliers de caméra, une lumière particulière, une manière de dire les mots, une musique ; et quand on associe tout cela, on obtient une poésie visuelle. Notamment lors de la scène du procès qui se situe entre la réalité et le rêve, entre le réel concret et la manifestation de l’émotion à l’extérieur. Je voulais aussi faire un film qui rende hommage au théâtre mais sans faire un film sur le théâtre. Les tribunaux sont comme une scène de théâtre. D’où cette idée de la joute verbale. Comme je viens du hip-hop, il y a aussi quelque chose de l’ordre de la bataille. On vit une expérience de cinéma divertissante malgré la thématique complexe et lourde à laquelle on est confronté. Ce travail se manifeste par une démarche de cinéaste. Le divertissement n’est pas un gros mot. Je devais raconter au mieux cette histoire pour que le public soit accroché et passionné par ce destin-là. Avec mon équipe, on s’est inscrit dans une démarche de partage avec le public. Nous avons travaillé de telle manière que les spectateurs ne soient pas juste des spectateurs, mais participent activement au récit.

- Copyright Memento Distribution
Voyez-vous des résonances entre ce film d’époque et notre actualité contemporaine ?
Abd al Malik : Évidemment ! Surtout dans le rapport que l’on peut faire entre le sol libre et le droit du sol. Au XIXe siècle, le sol libre affirmait que lorsqu’un esclave mettait les pieds en France hexagonale, il était libre. Poser son pied quelque part, c’est un acte d’appartenance. Je voulais aussi parler de ce fameux Code noir qui disait que l’homme noir était un meuble. Ce qui est incroyable, c’est que même si l’esclavage a été aboli, le Code noir ne l’a jamais été. Des choses irréparables ont été commises mais on peut se dire que cela fait partie de notre Histoire et qu’il faut désormais avancer pour aujourd’hui, pour demain, pour notre peuple, pour nos enfants, pour la France, pour l’Europe, pour le monde. C’est la fonction de la chose artistique : nous aider à nous souvenir que nous sommes des êtres humains.
Makita Samba : Toute la richesse de ce projet était de faire dialoguer la grande histoire de l’esclavage avec l’intériorité de Furcy qui n’est qu’un homme et ne semble pas se rendre compte de l’importance de ce qu’il fait. Il est animé par quelque chose de viscéral en affirmant qu’il est né libre et a été victime d’une erreur. Il ressent cette injustice jusque dans sa chair. Il assume sa lutte jusqu’au bout. Il n’accepte pas le fait que, même si son maître affirme le traiter comme un fils, il puisse être marqué par une différence intrinsèque en raison de ses origines. C’est ce qui fait sa force, sa grandeur.
Avec ce film, vous rappelez aussi à quel point le cinéma peut être un voyage…
Abd al Malik : Le cinéma est comme une allégorie du voyage intérieur. Avec ce film, chaque spectateur voit qu’on lui parle d’une histoire qui le concerne directement ou pas, mais il s’y retrouve car on célèbre l’humanité à travers des actes incroyables de résilience, des personnages qui patientent, s’aiment et se battent pour que cet homme obtienne gain de cause. Ce sont des actes merveilleux de solidarité. On comprend que les choses évoluent à partir du moment où l’on se considère tous comme des égaux et que l’autre est aussi légitime que soi. Vivre une aventure comme celle-ci, c’est un voyage de nous-même à nous-même. C’est fabuleux.
Une dernière chose, Makita, vous avez été révélé dans le film de Jacques Audiard Les Olympiades. Une œuvre profondément touchante… mais qui n’a pas eu le succès espéré lors de sa sortie en salles en période post-Covid. Aujourd’hui, que retenez-vous de cette aventure ?
Makita Samba : C’est un film qui résonne encore pour les spectateurs et cela témoigne du fait qu’il méritait effectivement de rencontrer son public. Il a désormais une vie importante à la télévision et en VOD. Aujourd’hui encore, on m’arrête régulièrement dans la rue pour me parler de ce film et me dire à quel point il est important et raconte ce qu’il faut raconter de notre époque. Cette aventure a marqué ma vie et celles de tous mes partenaires de jeu. C’est un tel bijou. Je ne vois pas d’autre explications au fait qu’il continue de rayonner ainsi. C’est un film tendre, humain, qui parle d’amour, d’amitié, de consentement, avec humour, émotion et bienveillance. J’en suis très reconnaissant.
Propos recueillis par Nicolas Colle
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